Conjoncture

La Commission européenne a enjoint la France à poursuivre ses efforts budgétaires et incité l'Allemagne, aux excédents commerciaux record, à faire plus pour stimuler l'économie, dans un rapport rendu public mercredi.

Pour la France, "nous constatons une correction graduelle des déséquilibres, grâce à un certain nombre de développements économiques et de réformes adoptées. Il y a eu donc des progrès: mais il faut certainement faire davantage", a déclaré le commissaire européen aux Affaires économiques, Pierre Moscovici, lors d'une conférence de presse à Bruxelles.

"Ce sera pour le prochain gouvernement et nous serons donc très attentifs aux engagements qu'ils présenteront", a ajouté M. Moscovici, en faisant référence aux prochaines élections en France.

"Dans le cas de l'Allemagne, nous constatons encore une fois que l'excédent courant très important n'est pas sain pour l'économie, et en plus qu'il crée des distorsions très significatives (...) pour la zone euro tout entière", a observé M. Moscovici.

Le commissaire européen a cependant reconnu que la gestion du compte courant n'était pas entièrement dans les mains du gouvernement allemand, "et que l'Allemagne a quand même commencé l'année passée à relancer l'investissement public".

"Il faut faire plus, et nous allons suivre de près l'évolution de cette situation, qui est tout à fait clé pour la zone euro", a-t-il plaidé, alors que l'Allemagne fera elle aussi face à des élections cruciales en septembre.

Pour la France, deuxième économie de l'UE, l'exécutif européen pointe le niveau de la dette publique qui continue d'augmenter, quoique à moindre allure, dans un contexte de petite croissance de la productivité et de faible compétitivité.

La France fait partie des six pays épinglés par la Commission européenne pour "déséquilibres excessifs de son économie", avec la Bulgarie, la Croatie, l'Italie, Chypre et le Portugal.

L'Italie est d'ailleurs critiquée pour sa dette publique --la deuxième plus élevée de toute la zone euro, après la Grèce-- et la faible dynamique de sa productivité.

La Commission européenne rappelle à cette occasion au gouvernement italien, comme il s'y est engagé, d'adopter "avant la fin du mois d'avril 2017" des mesures supplémentaires "à au moins 0,2% du PIB" pour réduire son endettement.

'Déséquilibre économique'

Première économie de la zone euro, l'Allemagne, régulièrement montrée du doigt pour ses excédents commerciaux record --notamment fin janvier par la nouvelle administration Trump-- fait partie des six pays moindrement critiqués par l'exécutif européen.

La Commission constate pour ces six pays un "déséquilibre économique", mais sans recourir au terme "excessif", comme elle l'a fait pour le premier lot des 6 pays où se trouvaient la France et l'Italie.

Outre l'Allemagne, les cinq autres pays en "déséquilibre économique", (pour des raisons pas forcément identiques), sont l'Irlande, l'Espagne, les Pays-Bas, la Slovénie et la Suède.

Berlin avait aussi récemment déjà été rappelé à l'ordre, notamment par le Fonds monétaire international (FMI) et la Banque centrale européenne (BCE), pour qu'il utilise ses marges budgétaires afin de relancer ses investissements publics et, par ricochet, stimuler l'ensemble de la croissance européenne.

Ironie du sort, l'Allemagne est considérée comme un élève modèle en matière budgétaire.

Elle est l'un des seuls pays de la zone euro à dégager un excédent. Selon les derniers chiffres de l'exécutif européen, il était de 0,6% du PIB en 2016 et s'établirait à 0,4% en 2017. A titre de comparaison, pour la France, les chiffres prévus par la Commission sont de -3,3% du PIB en 2016 et -2,9% en 2017.

Le reste des 27 pays de l'UE (la Grèce est exclue de ce rapport car elle bénéfice d'un plan d'aide), ne présente pas de déséquilibres économiques, selon l'exécutif européen.

Baptisé "paquet d'hiver", ce rapport de la Commission européenne est censé inciter les pays membres de l'UE, et notamment ceux de la zone euro, à faire converger leurs économies.

Après la présentation du rapport, il s'ensuit un dialogue entre l'exécutif européen et les pays qui doivent avancer leurs réponses en avril.