Digital Aussi romantique que le livre ou le CD expédiés dans un carton : la nourriture sous cellophane servie dans la boîte aux lettres. Amazon, le mastodonte du e-commerce, numéro 1 en France de la grande distribution hors produits alimentaires, veut accroître ses marges en distribuant de la nourriture innovante, confectionnée selon un procédé de longue conservation. Un cadre de l’entreprise l’a confirmé à Reuters : Amazon proposera dès l’an prochain des plats comme le ragoût de bœuf ou la frittata de légumes, cette variante italienne de l’omelette. Sans que l’on sache encore si cette offre ne concernera que les Etats-Unis ou d’autres pays.

Ces menus seront élaborés suivant la technique dite ­Microwave Assisted Thermal Sterilization (Mats), mise au point depuis la fin des ­années 90 par l’université de l’Etat de Washington, et utilisée pour les rations ­alimentaires de l’armée américaine. Le procédé consiste à chauffer les aliments dans de l’eau pendant dix minutes au maximum, à la fréquence de 915 Mhz, une chaleur trois fois moins forte qu’un four à micro-ondes, mais qui est supposée pénétrer la viande ou les légumes ­davantage en profondeur. En 2009, le premier plat Mats a été ­homologué par la Food and Drug Administration (FDA) : une purée de pommes de terre.

Depuis 2015, une start-up du nom de 915 Labs, basée à Denver (Colorado), essaie de créer des recettes, tels le ­homard avec riz et légumes, le poulet accompagné de riz et de chou ou encore le ­saumon aux câpres et sauce au beurre. Un catalogue dans lequel Amazon pourrait ­piocher.

Etonnant projet que mitonne la multinationale basée à Seattle (Washington), dans un contexte où le manger «sain», frais et local s’est ­imposé comme une mode. Le consommateur peut ne pas être du tout séduit par des plats longue conservation, d’ordinaire réservés aux militaires, aux marins, alpinistes ou spationautes. Mais Amazon a pris soin de diversifier son offre en annonçant en juin son plus gros rachat, celui de Whole Food Market, une marque américaine de produits bio qui ­possède 460 enseignes, pour 13,7 milliards de dollars (11,7 milliards d’euros).

En France, Amazon commercialise plus de 40 000 denrées et boissons depuis septembre 2015, entre autres objets du quotidien ou «biens culturels». La société, qui emploie plus de 130 000 travailleurs dans le monde et qui a affiché un bénéfice de 2,4 milliards de dollars en 2016, une progression quadruplée, ne fait rien pour atténuer son image fascinante ou inquiétante d’ogre insatiable.