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Spotify entre en bourse ce mardi. Pourtant, Spotify n'a jamais réalisé de bénéfices pour le moment. Le modèle n'étant pas encore rentable. Mais l'entreprise suédoise a une avance confortable sur ses concurrents, étant donné qu'elle est numéro 1 dans le domaine du streaming payant avec 71 millions d'abonnés payants. Son premier concurrent, Apple Music, en a "seulement" 38 millions. Côté français, Deezer affichait en novembre 2017 quelque 6 millions d'abonnés payants.

Le premier échange s'est effectué à 165,9 dollars, c'est 25% de plus que son cours de référence, ce qui le valorise à 29,5 milliards de dollars pour ses premiers pas à Well Street. Le New York Stock Exchange avait quant à lui établi ce lundi à 132 dollars le cours de référence avant lancement. 

"Spot"

Le nom de la cotation est, très simplement, repris sous le nom "Spot". La particularité de cette entrée en bourse est qu'il s'agit d'une cotation directe. C'est-à-dire qu'aucune nouvelle action ne sera émise, seuls les titres déjà détenus par les actionnaires et les employés pourront être échangés. L'avantage de cette procédure est d'éviter à Spotify les frais bancaires impliqués lors d'une IPO accessible directement au public.

Cette cotation directe laisse transparaître l'intérêt "limité" pour l'IPO de Daniel Ek, le CEO de Spotify, qui a déclaré que "Spotify ne lève pas de capitaux et nos actionnaires comme nos salariés peuvent acheter ou vendre nos actions depuis des années. Donc même si l'IPO nous offre plus de visibilité, cela ne change pas qui nous sommes, ce que nous faisons et la façon dont nous fonctionnons".

Le streaming en croissance

Le streaming est indéniablement le mode de consommation musical qui connaît la plus forte croissance. Avec 41% des parts de marchés, il se situe devant le CD (37%) et le téléchargement direct (13%). Seul le vinyle a connu une croissance en 2017, avec 8% des parts de marchés. L'effet de mode et l'intérêt des puristes pour ce support sont passés par là.

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Un contexte difficile

L'une des critiques que l'on peut adresser à Spotify est que l'entreprise est dépendante d'un seul type de produit: le streaming musical. Contrairement à Apple, Google et Amazon qui se sont aussi lancés dans la course. De plus, avec ses quelque 30 millions de titres disponibles, Spotify ne propose pas le catalogue le plus fourni. Par exemple, Deezer en propose 50 millions, et les autres gros acteurs, environ 40 millions. Mais Spotify bénéficie d'une image positive vis-à-vis du public.

Ensuite, les valeurs technologiques sont quelque peu remuées en bourse aux Etats-Unis en ce moment. Lundi, le Nasdaq perdait 2,74% à la clôture. En cause, entre autres: le scandale Cambridge Analytica, qui a jeté le doute sur les sites et applications avides des données personnelles de leurs utilisateurs. Données rémunératrices, surtout pour les entreprises ayant basé leur business model sur du "gratuit". Mais rien n'est sûr quant à l'impact que ça aurait pour une entreprise comme Spotify.

Une valorisation à plus de 20 milliards

Certaines estimations valorisent la capitalisation boursière de Spotify à près de 20 milliards de dollars. Reste à voir comment se comportera le cours de l'action dans les prochains jours et les prochains mois.

Côté chiffre d'affaires, Spotify signait 2,9 milliards d'euros en 2016 puis 4 milliards en 2017. Mais côté pertes, elle était passé de 539 millions en 2016 à 1,2 milliard en 2017.

L'entreprise vise désormais un chiffre d'affaires entre 4,9 et 5,3 milliards d'euros en 2018.

Une "licorne" en plus

Spotify n'est pas la première "licorne" (start-up valorisée à plus d'un milliard de dollars) à entrer en bourse. Mais les exemples précédents laissent des résultats mitigés. Particulièrement pour Snapchat, qui a vu le prix de son action passer à 15 dollars ce lundi contre 24 dollars au lancement.

La priorité pour Spotify est de continuer à étendre son nombre d'utilisateurs et d'abonnés payants, afin de réduire ses pertes, jusqu'à trouver le chemin de la rentabilité, indispensable à long terme.

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