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En décembre 2013, Justine Sacco a vu sa vie basculer après la publication d'un tweet qui lui valu les foudres de la toile. Le New York Times a rencontré la jeune femme et l'homme qui a repris son message. Début de son cauchemar. Récit.

12 mots écrits sur un GSM, 12 mots postés à la va-vite sur Twitter, 12 mots qui vont changer la vie de Justine Sacco...

“Going to Africa. Hope I don’t get AIDS. Just kidding. I’m white!”.

En français: "Je pars pour l'Afrique. J’espère que je ne vais pas attraper le sida. Je plaisante, je suis blanche !"


Après avoir posté ce message raciste du plus mauvais goût depuis l'aéroport d'Heathrow, la jeune femme responsable des relations publiques du groupe média américain IAC prend l'avion. Direction: Le Cap. 11 heures de vol, loin d'internet. Le temps que son message enflamme Twitter...


Numéro 1 des discussions sur Twitter

Lorsqu'elle pose le pied en Afrique du Sud, elle reçoit alors un SMS d'un ami qu'elle n'a pas vu depuis le collège. "Je suis désolé pour ce qui t'arrive" . Puis un deuxième de sa meilleure amie: "Tu dois m'appeler immédiatement" . Et ainsi de suite. En quelques heures, elle est devenue le sujet numéro 1 des discussions et des railleries sur le réseau social... 

" - Tout ce que je veux pour Noël c'est voir la figure de Justine Sacco quand son avion atterrira et qu'elle regardera ses mails"

" - Je suis un employé IAC et je souhaite que Justine Sacco ne communique plus jamais en notre nom. Jamais. "

“ - Nous sommes en train de voir Justine Sacco se faire virer. Avant même qu'elle ne soit au courant qu'elle va être virée".

Un hashtag est lancé "#HasJustineLandedYet”. Un internaute se déplaçant même à l'aéroport pour la photographier à son arrivée. "Justine Sacco est bien arrivée à l'aéroport du Cap. Elle a décidé de porter des lunettes de soleil comme déguisement".

Justine Sacco à son arrivée à l'aéroport

Traumatisée, Justine comprend vite l'ampleur du "Bad Buzz":  "Les premières 24 heures, j'ai pleuré toutes les larmes de mon corps. Tu ne dors pas. Tu te réveilles au milieu de la nuit oubliant où tu es", explique-t-elle.


Traquée, moquée, licenciée

Justine va très vite écourter ses vacances ne se sentant plus en sécurité. Les employés des hôtels dans lesquels elle avait réservé menacent de faire grève. Elle décide également de publier une lettre d'excuse. Insuffisant.  Son employeur la licencie. Justine passe alors ses journées à pleurer et à regarder des séries...

Pendant plusieurs semaines, les médias vont s'intéresser à elle. Elle fait l'objet d'un article par le site Buzzfeed intitulé "16 Tweets que Justine Sacco regrette" , un photographe va même jusqu'à la suivre à la salle de sport...


En plein cauchemar, trois semaines plus tard, elle accepte de rencontrer Jon Ronso l'auteur du papier du New York Times. Dans un bar, d'emblée, elle essaye de se justifier. "Il n'y a qu'une personne folle qui pourrait penser que les blancs ne peuvent pas être contaminés par le VIH. Je pensais que ce n'était pas possible que quelqu'un prenne cela au premier degré".


Le "retweet" qui tue

Si Sam Biddle n'avait pas retweeté (repartagé) cet article, la vie de Justine n'aurait sans doute pas été la même. Son message serait probablement resté dans les limbes de la toile. Ce bloggueur américain a profité de 15.000 abonnés pour donner une visibilité à ce message: " Et maintenant, une blague drôle de vacances de la part de la responsable de la communication d'IAC

Dans un mail, l'Américain s'explique:  "Le fait qu'elle était responsable de communication a rendu la chose encore plus délicieuse. "Je n'ai jamais espéré qu'elle soit virée et encore moins ruiner sa vie. J'ai le sentiment qu'elle finira par aller mieux si ce n'est pas déjà le cas."


Un job en Afrique

Quatre mois après sa première rencontre, Jon Ronson revoit Justine Sacco dans un restaurant. Malgré le temps, les traces du traumatisme ne sont pas effacées. "Je ne vais pas encore très bien. J'adorais mon travail et je l'ai perdu".

Quelques mois plus tard, elle a décidé de quitter New York pour l'Ethiopie et un job d'humanitaire pour une ONG qui travaille pour faire reculer la mortalité maternelle.

La jeune femme a depuis retrouvé un travail en communication et a refusé une dernière demande d'interview de la part de Jon. "Tout ce qui me met sous la lumière est négatif".   Ou l'art de tourner plusieurs fois ses pouces avant de poster un message sur les réseaux sociaux...