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Aujourd’hui, les bio et nanotechnologies - mais aussi l’intelligence artificielle et les progrès technologiques en matière médicale - renouvellent notre rapport à l’existence, à notre début, à notre milieu et à notre fin. Le transhumanisme est souvent perçu comme l’apogée de la technicisation de la société, produit du capitalisme et des excès d’un développement technologique toujours insatiable. Or, augmenter l’homme ne revient ni à faire de lui une machine ni à rendre la machine plus humaine mais de mettre l’intelligence au service de l’humanité par le biais des technologies. Ainsi, pour tirer le meilleur des avancées technologiques, il convient de prévenir les risques et d’orienter les innovations vers un horizon souhaitable. Ce risque doit prioritairement être pensé en termes d’usage.

De nombreux lobbys transhumanistes existent et défendent l’utilisation des NBIC (nanotechnologies, biotechnologies, informatique et sciences cognitives) pour faire progresser l’humanité. Mais qu’est-ce que la technologie et les outils qu’elle invente peuvent nous amener de plus ? Quels bénéfices individuels et collectifs, plus que pécuniaires, peut-on en retirer ? Pour que les usages technologiques soient souhaitables, il convient de raisonner l’activité de façon à ce qu’elle ne nuise pas à l’homme. En somme, les avancées technologiques ne doivent pas ouvrir aux mondes dystopiques des romans de science-fiction, aux sociétés de contrôle orwelliennes ou au capitalisme sauvage de William Gibson. 

Alors comment prévenir de manière proactive les risques liés au déploiement des technologies dans nos sociétés ? Peu à peu, les transhumanistes se sont infiltrés au cœur de l’économie mondiale, à la NASA mais surtout chez Google, qui a dès lors réorienté ses perspectives économiques pour faire de la prédiction sa nouvelle ambition. Le groupe a pris les voies du transhumanisme avec la perspective à demi avouée de transformer son célèbre moteur de recherche en véritable intelligence artificielle : une plate-forme capable de prédire et anticiper les besoins des consommateurs. Google a d’ailleurs soutenu la Singularity University, une société privée fondée par les papes du transhumanisme Peter Diamandis, Salim Ismail et Ray Kurzweil. Université qui organise aussi des activités de lobbying, entend former un écosystème mondial de l’innovation autour de ces problématiques et donc infiltrer tous les secteurs de la société, des multinationales aux ONG en passant par les administrations gouvernementales. Si les idées transhumanistes séduisent les gros entrepreneurs et les firmes multinationales, elles peinent cependant à entrer dans l’agenda politique. On le sait, la chose politique n’aime pas le futur et privilégie les problématiques à court terme, l’élection ayant ses raisons que la raison ignore.