Digital L'histoire remonte au 17 mars 2010, à 8 heures du matin. Ce jour-là, Tian Yu, 17 ans, se jette du quatrième étage du dortoir de Foxconn, une entreprise située dans la ville de Shenzen (sud de la Chine). Après 37 jours de travail, Tian Yu n'est pas la première à craquer. En 2010, 18 employés de Foxconn ont tenté de mettre fin à leurs jours, ce qui avait valu à l'entreprise le surnom de "Foxconn Suicide Express".

A l'époque, l'affaire avait fait grand bruit. Car Foxconn est un monstre de l'industrie électronique chinoise. Parmi ses clients, on trouve notamment Apple et ses célèbres iPhones, iPods et autres iPads... mais aussi Sony, Dell ou Samsung. Le rythme de travail est délirant : 137.000 iPhones par jour, soit 90 par minute.

Heureusement, Tian Yu a survécu à sa chute mais reste paralysée jusqu'à la taille. Elle a récemment livré son témoignage à la "Students and Scholars Against Corporate Misbehavior". L'essentiel est repris par la revue "New Technology, Work and Employment" dans son édition de juillet dernier.

Pour cette jeune femme venue de la campagne, cette nouvelle vie citadine fut un choc. "Presque tous les jeunes de mon âge, y compris les amis de mon école, étaient partis travailler", raconte Tian Yu. Elle postule, avec des milliers d'autres candidats pour Foxconn qui réalise jusqu'à 3.000 embauches par jour.

Une fois arrivée dans l'usine de Longhua, à Schenzen, la jeune employée découvre le mode de travail, résumé par des posters sur les murs. "Efficacité. A chaque minute, chaque seconde", "Atteins les buts fixés sinon le soleil ne se lèvera plus", "en dehors du labo, il n'y a pas de high-tech, juste de la discipline"... Toutes ces phrases deviennent ses leitmotivs pour les semaines à venir.


12 heures par jour

Pendant les 12 heures de travail quotidien, tout est minuté. "Dans mon atelier, chaque ligne de production comptait entre plusieurs douzaines et une centaine de travaillleurs. J'étais chargée de vérifier que les écrans n'avaient pas d'éraflures. Je me levais à 6h30, assistais à une réunion non rémunérée à 7h20, me mettais au travail à 7h40, déjeunais à 11h, puis généralement je sautais le repas du soir pour faire des heures supplémentaires juqu'à 19h40".

Le soir, pas question de quitter la zone de l'usine. Tian Yu loge dans une chambre avec huit autres personnes. Les rapports humains sont rares. Et, quand l'employée se rend compte d'une erreur sur sa fiche de paye, elle ne trouve personne à qui parler. "Après un mois de travail, au moment de la distribution des fiches de paye, tout le monde a reçu son salaire, sauf moi. J'ai demandé à mon chef ce qu'il se passait. Il m'a répondu que, bien que je travaillais à Longhua, ma fiche se trouvait à Guanlan, une autre usine de Foxconn." Un matin, prise de désespoir, elle se jette dans le vide...

Avec une série noire de suicide sur les bras, Foxconn est obligé de réagir. Le fabricant offre un peu plus de 20.000 euros de "paiement humanitaire" à Tian Yu pour l'aider à rentrer chez elle. Par ailleurs, l'entreprise met en place une hotline de soutien psychologique et des filets de sécurité sous les fenêtres qui sont bloquées par des câbles. A son entrée à Foxconn, Tian Yu avait reçu une brochure avec pour titre :  "Hâte-toi vers tes rêves les plus fous, poursuis une vie magnifique".