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Le monde des assistants personnels connectés vient de s’enrichir d’un petit dernier : le HomePod d’Apple. Stratégiquement, cette petite enceinte connectée dotée de micros, amène l’assistant personnel Siri dans les salons. Ce petit gadget a des fonctions multiples mais est avant tout un diffuseur musical couplé à l’offre de "streaming" Apple Music, question d’exploiter encore mieux ce produit au cœur de la stratégie du groupe américain. On verra en décembre prochain, lorsque le produit sera commercialisé, si les qualités sonores "immersives" promises par Apple sont bien au rendez-vous. Pour 349 dollars, on peut l’espérer : c’est beaucoup plus cher que ce que produit déjà la concurrence… comme c’est souvent le cas chez Apple qui vise un public aisé. Apparemment, l’appareil est doté de capteurs lui permettant d’adapter le son diffusé à l’ambiance et aux dimensions de la pièce où il est utilisé.

A l’écoute et prêt à aider

Mais le HomePad fait plus que diffuser la musique. Comme un smartphone (mais avec un écran de contrôle simplifié) et avec le même processeur (A8), l’objet connecté est aussi à l’écoute de son propriétaire qui peut partager avec ce petit ordinateur ses appréciations musicales, question de permettre au système informatique Apple de le profiler et de lui proposer par la suite des morceaux de musique adaptés. HomePad, via Siri, est capable de répondre à des questions plus pointues comme "qui est le batteur jouant dans ce morceau ?". Apple a assuré, lors de la présentation de produit de lundi soir, avoir mis le paquet pour intégrer l’intelligence artificielle dans son système d’assistance personnelle.

Intelligence artificielle

On peut donc clairement dialoguer avec le HomePod, et ceci sans rester confiné au domaine de la seule écoute musicale. L’appareil est en effet prévu pour s’intégrer dans la vie des familles en permettant de recevoir et lire des messages, donner des résultats sportifs, pour gérer d’autres objets connectés dont ceux figurant dans l’offre domotique actuelle, lumières, volets électriques , etc. A distance, l’appareil sert à cet égard de "hub" pour gérer les appareils connectés via une application. Histoire de centraliser les commandes de la clim, du chauffage, des appareils de détection incendie, d’effraction. Certes, il existe déjà de tels appareils. Mais comme c’est le cas avec les autres appareils d’Apple, le groupe sait que ses clients préfèrent rester dans un écosystème homogène… quitte à en payer le prix.



Entrer tard dans un marché, pour y gagner de l’argent et écraser la concurrence

Des enceintes connectées donnant accès à une infrastructure informatique et à des services en ligne, ce n’est pas neuf. Amazon avec son boîtier Echo et la liaison avec son intelligence connectée Alexa, ou Google Home (et Google Now) proposent déjà ce type de produits. Apple aurait donc perdu le leadership dans ce domaine ? On pourrait le croire, à première vue. Mais ce serait oublier que Siri, l’assistant personnel d’Apple est apparu sur les appareils nomades de la marque à la fin 2012. Le candidat suivant un peu sérieux, Cortana (Microsoft), a été annoncé deux ans plus tard… Et, finalement, ce que font les enceintes connectées est déjà réalisable depuis plusieurs années sur un iPhone ou un autre appareil connecté d’Apple.

Trois éléments permettent de comprendre la stratégie d’Apple. Le premier est que le groupe a pour habitude de ne commercialiser que des produits haut de gamme dont le fonctionnement ne peut être pris en défaut. Ce qui lui permet de vendre très cher ses appareils, et d’afficher une rentabilité exceptionnelle. On l’a vu avec la montre connectée (Apple Watch), un produit dont la concurrence s’était emparée avant que les premiers modèles soient présentés par Apple. Après deux ans de commercialisation, l’Apple Watch a raflé plus de la moitié des parts de ce marché au niveau mondial. Idem pour la commercialisation de son offre de streaming musical. Il faut dire qu’Apple dispose d’une incomparable force de frappe commerciale et financière.

Ecosystème rentable

Le deuxième élément est que l’écosystème fermé d’Apple est conçu pour emprisonner (avec leur bénédiction) les aficionados de la marque qui peuvent retrouver leurs données, préférences, contenus et applications sur leurs différents appareils, et même au niveau de leur cercle familial. Il y a là pour eux un investissement à conserver. Un gros investissement : en 2016, le groupe américain a tiré 28 milliards de dollars des seules ventes d’apps. Une grosse partie - 20 milliards de dollars - a été reversée aux développeurs, ce qui les encourage à travailler pour Apple.

Enfin, la valeur d’image des produits Apple est un autre paramètre. Les produits du groupe s’inscrivent dans le segment du luxe. Ce n’est pas pour rien qu’Apple a débauché Angela Ahrendts pour diriger sa branche "retail" au niveau mondial. Cette ancienne CEO de la marque de luxe britannique Burberry est là pour cultiver cette image de produit haut de gamme et de qualité. Exemple ? Une Apple Watch dotée d’un bracelet Hermès coûte pratiquement 1 800 euros. L’image a un prix.