Digital Il est fini le temps où tout était rose lorsqu'on voulait partager son quotidien sur la toile, couché de soleil, plage de sable blanc. Désormais, les armes à feu ont aussi leur place sur Intstagram, avec ou sans filtre. Entre les photos de chaussures, de vêtements, les internautes mettent en ligne des clichés de pistolets avec en légende les détails nécessaires à la vente.

Une simple recherche avec le hashtag #gun #forsale suffit à trouver ces annonces un peu particulières. Kalachnikov, Colt-45 font partie de l'attirail fréquemment vendu sur la toile. Ce service de partage, presque anonyme puisqu'un simple pseudo suffit pour créer un compte, offre la possibilité aux vendeurs d'avoir une véritable vitrine où ils négocient avec les potentiels acheteurs sans aucune gêne dans les commentaires. La vente se conclut par la suite en privé par des échanges d'emails ou par téléphone.

L'âge minimum pour avoir une arme est souvent 21 ans mais varie nettement en fonction des Etats. Les marchands, quant à eux, ne sont pas exigeants.

Si Instagram est si populaire pour les vendeurs d'armes, c'est parce qu'il n'est pas destiné à la vente. De ce fait, il n'y a aucune réglementation surveiller un quelconque commerce, qu'il s'agisse d'une paire de chaussures ou d'une mitraillette. Par ailleurs, si les commentaires ne présentent aucune intention de nuire, les modérateurs ne sont pas alertés, le post peut donc rester sur le site en toute légalité.

La difficulté est de pouvoir anticiper ce que les internautes vont faire de l'usage d'une application autre que son but premier.

Un marché non-réglementé

En prenant un peu de recul, on s'aperçoit que ce site de partage n'est pas l'objet d'un commerce unique en son genre, il y a une véritable faille à l'échelle nationale. Aux Etats-Unis, aucune loi fédérale, à ce jour, ne bannît la vente en ligne d'armes entre particuliers. Les internautes ne font donc rien d'illégal. The bureau of Alcohol, Tobacco, Firearms and Explosives (ATF) affirme que la vente privée entre particuliers est largement autorisée par la loi. L'office se contente d'encourager les deux parties à conclure la vente à travers une licence octroyée par un vendeur d'armes reconnu par l'Etat. Il peut également vérifier l'état de l'arme ainsi que son numéro de série, au cas où elle serait fichée pour meurtre ou braquage. On ne sait jamais.

Les défenseurs du contrôle des armes s'alarment que la sécurité publique soit autant mise à mal et des conséquences qu'un tel marché non-contrôlé peut engendrer. "Nous sommes vraiment préoccupés par la sécurité publique à propos de la vente d'armes en ligne non réglementée. Principalement la capacité des vendeurs à contourner les contrôles et faire du trafic d'armes à feu, à la fois légal et illégal avec des personnes ayant des antécédents avec la justice", affirme Sam Hoover, avocat pour le centre de prévention de la violence des armes à feu.

Un lobby omniprésent

D'une manière générale, les lois en vigueur en matière de vente, en ligne ou non, affirment qu'il est interdit de vendre une arme à un fugitif, toxicomane ou une personne ayant eu des antécédents avec la justice. L'arme ne doit également pas être sous la licence d'une autre personne. Autant dire que les vendeurs, qui n'hésitent déjà pas à vendre des armes à des mineurs, n'iront jamais vérifier le casier judiciaire du potentiel acheteur.

Un projet de loi, visant à mettre un terme à ces marchés illégaux à l'échelle fédérale, a été initié. Mais le Sénat a voté contre en avril 2013. Le Président Barack Obama, a d'ailleurs affirmé que "c'était une honte pour Washington". L'influence du lobby de l'armement est très importante dans ce pays de plus de 300 millions d'habitants.

Les lobbyistes sont omniprésents aux Etats-Unis, et n'hésitent pas à défendre les intérêts des fabricants d'armes. Barack Obama est d'ailleurs souvent cité comme "ennemi public numéro un" par les fous de la gâchette.

La question est maintenant de savoir si Facebook peut ou non bannir les photos d'armes à feu sur la plateforme de partage Instagram. Une plateforme que le réseau social a racheté en avril 2012 pour un milliard de dollars.