Digital OncoDNA cartographie les tumeurs cancéreuses de patients venant de tous les continents. La société a ouvert une plateforme d’échanges d’informations pour les malades et leurs oncologues.

C’est un solide réseau anti-cancer qu’a bâti OncoDNA. Cette société de Gosselies, fondée par Jean-Pol Detiffe, un pharmacien d’industrie qui en est le CEO, s’est spécialisée dans l’analyse complète (ADN et protéines) des tumeurs.

Les patients sont atteints de tous types de cancers métastatiques qui ne peuvent plus être traités par chimio et radiothérapie.

L’extrême précision de ce test (OndoDEEP) permet à l’oncologue de cibler un nouveau traitement, y compris parmi ceux qui ne sont pas encore autorisés car toujours en phase d’essai clinique.

L’aventure entrepreneuriale d’OncoDNA a débuté après la vente, en 2012, de DNA Vision, la première société créée huit ans plus tôt par Jean-Pol Detiffe. "Nous faisions du séquençage ADN en B2B, pour l’industrie pharmaceutique et des centres de recherche académiques. Je voulais réorienter mes activités vers le B2C, les patients, l’esprit start-up et ne plus avoir de laboratoire à gérer", raconte Jean-Pol Detiffe (notre photo).

Avec un capital de départ, public et privé, de 640 000 euros, les bases d’OncoDNA sont jetées et une équipe de trois personnes est constituée.

Le premier produit, OncoDEEP, est lancé en avril 2014. L’entreprise signe un contrat de 5 millions d’euros avec le Breast international group, une organisation non lucrative basée en Belgique, qui regroupe des chercheurs travaillant sur le cancer du sein. L’objectif est de tester 1300 patientes en phase quasi terminale venant de quinze pays européens. OncoDNA s’ouvre aussi à d’autres types de cancers.

L’oncologue commande le test. OncoDNA réceptionne les biopsies de tumeurs des patients, cartographie les tissus malades et envoie les résultats au médecin.

"Chaque cancer est unique, à cause des modifications ADN qui sont différentes. Nous sommes capables de suivre plus de 8000 mutations", explique Jean-Pol Detiffe.

En janvier 2015, OncoDNA enrichit ses activités avec la mise en ligne de sa plateforme baptisée OncoSHARE. Elle est utilisée par 5 000 patients du monde entier et 2 000 oncologues.

"Elle est très simple d’utilisation. Les oncologues peuvent y trouver des idées de traitement, partager les dossiers de leurs patients et discuter d’un cas. Dans les dossiers, il y a des liens vers des publications scientifiques. Les patients trouvent les lieux d’essais cliniques les plus proches de chez eux. De notre côté, nous postons le suivi de l’analyse en cours."

Les tests ne sont pas accessibles à tous car ils coûtent chers, entre 2 000 et 4 000 euros.

"Notre marché, c’est donc plutôt la médecine privée, même si nous commençons à avoir des patients qui sont remboursés par leur assurance", précise Jean-Pol Detiffe. L’entreprise n’a que peu de concurrence : elle réalise les tests les plus pointus d’Europe. Seules deux sociétés américaines ont atteint le même niveau de précision.

Le 27 avril, OncoDNA a lancé un nouveau produit : OncoTRACE, un test réalisé à partir d’une simple prise de sang pour analyser l’ADN qui s’est échappé des tumeurs et qui s’est répandu dans le sang. "Cela permettra de détecter plus tôt la résurgence du cancer."

Aujourd’hui, OncoDNA emploie vingt personnes, compte des distributeurs dans 60 pays et a réalisé un chiffre d’affaires d’un million d’euros en 2015. "Cette année, nous allons organiser une levée de fonds, publique et privée, de plusieurs millions d’euros afin d’obtenir une taille critique en matière de data base, de renforcer notre marketing et de nous faire davantage connaître au niveau mondial", indique le CEO. La société ambitionne de quadrupler son chiffre d’affaires en 2016 et d’embaucher du personnel. Son ancrage carolo est garanti, Jean-Pol Detiffe en est d’ailleurs fier.

"Faire reculer la maladie, c’est notre motivation au quotidien", déclare-t-il.

Le fondateur d’OncoDNA déplore toutefois que "Les oncologues nous envoient souvent les cas les plus difficiles. On aimerait qu’ils nous les adressent à un stade plus précoce de la maladie."