Digital La "rivière du ciel" a gagné la bataille. Une bataille discrète, qui se mène derrière les portes sécurisées des laboratoires du monde entier. La "rivière du ciel" est officiellement le plus puissant des ordinateurs du monde. Ce superordinateur chinois peut réaliser 33, 86 millions de milliards de calculs par seconde. Cette place plus que symbolique en tête du classement du "Top 500" des supercalculateurs, qui vient d’être révélé, la Chine la voulait à tout prix. Tianhe2 (son nom chinois), qui dépend de l’Université chinoise de technologie de défense, peut être utilisé dans le cadre de recherche météorologiques ou militaires, mais aussi pour analyser un très grand nombre de données. "C’est le nombre et la complexité des calculs à réaliser qui demande cette superpuissance aux ordinateurs, explique le P r Benoît Champagne, président du Céci, le consortium des Équipements de Calcul Intensif de la Fédération Wallonie-Bruxelles.

Prévision météo et explosion nucléaire

Exemple de tâches pour ces supercalculateurs : réaliser des modèles climatiques, fournir des prévisions météorologiques, simuler des explosions nucléaires… Une autre tâche est la simulation financière, car les banques doivent, en temps réel, réaliser des simulations de risques en matière de placements. Parmi les utilisateurs, on trouve ainsi des banques, Météo France, la Nasa, le Commissariat à l’Energie atomique français, des centres de recherches… "En recherche, il y avait l’expérience et la théorie; à présent, il y a aussi le calcul numérique, continue Benoît Champagne. Les infos générées par les expériences ont besoin d’être traitées et stockées. De l’autre côté, les théories se basent sur des équations et des algorithmes qui peuvent être "implémentées" sur l’ordinateur. Ces équations sont nombreuses et complexes, seul l’ordinateur peut les résoudre." Chimiste, le P r Champagne bénéficie par exemple d’un superordi pour simuler les propriétés de centaines de molécules et sélectionner les plus intéressantes . "L’ordinateur peut le faire en quelques minutes ou quelques jours. Mais c’est l’équivalent de 5 années de chercheurs !"

La puissance d’un superordinateur se mesure notamment au nombre de "cœurs de calcul". Soit la plus petite unité capable de réaliser une tâche ou encore l’unité minimale de traitement de l’information. Le but étant d’avoir un maximum de cœurs travaillant en parallèle. Un simple ordi portable en possède deux, voire quatre. Les superordinateurs du top 10 en ont environ… un million. Et cela va jusqu’à 3 millions ! En Fédération Wallonie-Bruxelles, il existe un réseau de "supercalculateurs", qui totalise 8200 cœurs. Le Céci rassemble plusieurs ordinateurs superpuissants reliés entre eux et répartis dans cinq universités. "On peut considérer ce réseau comme un énorme ordinateur, mais séparé en plusieurs lieux", note le Pr Champagne. Cela permet de renforcer la puissance des ordinateurs, qu’une unif ne pourrait pas atteindre à elle seule." Ce modèle n’est pas repris dans le Top 500, sinon le Céci y figurerait probablement. "Notre but n’est pas d’avoir le plus gros, mais d’être efficace, insiste le Pr Henrard, de l’Université de Namur, membre du comité du Céci. Un ordinateur comme Tiahne2, est très puissant, mais très compliqué à utiliser. Dans le monde, il y a peut-être deux ou trois groupes de personnes capables de concevoir des programmes pour cet ordi et de les utiliser…"

Présence belge

La Belgique apparaît une seule fois dans le Top 500. Il s’agit de l’homologue flamand du Céci, dont un ordinateur, à l’UGent, dispose à lui seul d’une puissance suffisante pour atteindre la 239 e place. La Fédération Wallonie-Bruxelles devrait cependant bientôt faire son entrée dans la prestigieuse liste (lire par ailleurs), pour un coût de 4, 4 millions d’euros. Mais les superordis ont des limites. Ils se démodent vite. "Que ce soit en matière de puissance, de mémoire ou de disque, cela s’améliore d’un facteur 2, tous les deux ans", note Luc Henrard.

"Au-delà de 5 ans, on n’utilise plus les machines. Nos anciennes machines valaient un million d’euros, ça ne vaut plus que pour son métal. Ca consommait trop par rapport à la puissance, ajoute Frédéric Wautelet, responsable du nouveau supercalculateur de l’UNamur (400 000 euros). Outre "un bruit de sèche-cheveux", celui-ci dégage aussi de la chaleur. Pour cette raison, la pièce est réfrigérée à 20 degrés. Certains des plus puissants des supercalculateurs se voient eux rafraîchis par des tuyaux d’eau qui arrivent jusque sur les processeurs. La miniaturisation a pourtant été drastique ces 20 dernières années. "Et ce non pour un gain de place mais surtout dans un but de moindre dissipation de chaleur, car plus un fil est long par exemple, plus il va perdre de la chaleur", note Luc Henrard. Mais on arrive au bout de cette logique de miniaturisation. C’est pour cette raison que certains rêvent d’une rupture technologique, qui pourrait être l’ordinateur quantique. En bref, un système qui utiliserait non l’électricité mais la lumière pour véhiculer l’information.Sophie Devillers