Digital Voici le troisième et dernier article de notre série "REIsearch 2017"

Près de 5 milliards de personnes seront en ligne en 2030. C'est plus de la moitié de la population de notre planète et cela représente une augmentation de 300% par rapport au milieu des années '90 – l'enfance du web – selon les chiffres d'Euromonitor International. Avec près de 4 milliards de personnes en ligne aujourd'hui, nous sommes désormais entrés dans ce que les experts appellent « l'ère de la vie en ligne », où les frontières entre notre identité et notre vie en ligne et hors ligne sont de plus en plus floues. C'est une réalité que beaucoup d'entre nous, notamment la jeune génération, connaissent déjà, mais sur le plan planétaire il s'agira du plus grand tournant dans l'histoire de l'humanité, et cela aura un grand impact non seulement sur l'économie, mais aussi sur notre mode de vie et notre définition de base de l'individualité. Plus important encore, alors que la population de nombreux pays développés sera connectée à 100% bien avant 2025, les hausses les plus spectaculaires auront lieu dans les pays en développement tels que le Cameroun, où l'augmentation des utilisateurs a centuplé selon le récent rapport de Microsoft intitulé « Comprendre le cyberespace ».

L'introduction de telle ampleur d'une technologie si omniprésente qu'elle est complètement invisible et intégrée dans nos vies n'est pas sans conséquences. Un rapport récent de l'initiative OnLife de la Commission européenne met en évidence que nous vivons déjà dans l'ère de l'informatique ubiquiste : « en effet, parallèlement à l'essor actuel des appareils, des capteurs, des robots, des applications, et de ces nouvelles technologies, nous sommes entrés dans une nouvelle phase de l'ère de l'information, une phase où l'hybridation entre les bits et les autres formes de réalité est si profonde que cela change radicalement et profondément la condition humaine. »

Plus précisément, cette transition numérique est en train de changer notre façon de comprendre la réalité de quatre façons. Premièrement, en brouillant la distinction entre la réalité et la virtualité. Deuxièmement, en occultant les barrières entre l'homme, la machine et la nature. Troisièmement, en inversant l'équation économique de l'information de la rareté à l'abondance. Et, pour clore en beauté, en passant de la prééminence des entités sur les interactions à l'une des interactions sur les entités (un changement que les entreprises comme Google et Facebook ont ​​appris à transformer en une grande valeur à la fois pour les utilisateurs et les annonceurs). Pour l'humanité c'est une excellente occasion de tirer parti de ce que l'économiste du MIT Thomas Malone a surnommé « l'intelligence collective », un réseau de personnes et de machines potentiellement plus intelligentes et plus justes que toute autre forme d'organisation humaine.

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L'intelligence artificielle

On comprend bien l'ampleur de l'impact de l'ère de la vie en ligne simplement en tenant compte de l'augmentation des capacités de l'intelligence artificielle, un simple domaine de recherche universitaire pendant des années, maintenant en pleine expansion industrielle grâce aux investissements massifs des géants de la Silicon Valley ; premièrement Google avec son projet DeepMind, mais aussi avec Siri d'Apple, le supercalculateur Watson d'Ibm, Cortana de Microsoft et Alexa d'Amazon. L'importance de ces systèmes dans notre vie quotidienne est de plus en plus répandue et augmente au fur et à mesure que progresse l'apprentissage de la machine, jusqu'au point où les ordinateurs sont désormais en mesure d'apprendre et d'évoluer à un rythme accéléré et requièrent un apport minimal de la part de l'homme, de même que les progrès en reconnaissance vocale et visuelle nous permettent d'interagir avec les machines de façon très semblable à ce que nous avons fait pendant des siècles avec d'autres humains. Comme pour tous les scénarios axés sur la technologie, l'ère de la vie en ligne n'est cependant pas toute rose.

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« Réussir à créer des intelligences artificielles serait le plus grand événement dans l'histoire de l'humanité », a fait remarquer Stephen Hawking (photo), le célèbre physicien théoricien et cosmologiste britannique. « Malheureusement, ce pourrait également être le dernier, à moins que nous apprenions à éviter les risques que cela comporte. On peut imaginer une telle technologie déjouer les marchés financiers, inventer de meilleures inventions que les chercheurs humains, être capables de manipuler les dirigeants humains, et de développer des armes que nous ne serions pas à même de comprendre. Tandis que l'impact à court terme de l'IA dépend de qui le contrôle, l'impact à long terme dépend de s'il peut être contrôlé ou non. »

Le danger de Big Brother

Le groupe expert de « la vie en ligne » de la CE a en effet souligné que « l'expérience de la liberté, de l'égalité et de l'altérité dans les sphères publiques devient problématique dans un contexte d'identités de plus en plus médiatisées et d'interactions calculées telles que le profilage, la publicité ciblée, ou la discrimination des prix ». La qualité des sphères publiques peut être compromise par l'augmentation du contrôle social au moyen d'une surveillance mutuelle ou latérale, en rendant accessibles vos profils sur les réseaux sociaux ou les données GPS de vos activités sportives aux employeurs, à une compagnie d'assurance ou tout simplement à vos camarades de classe. Ce n'est pas nécessairement plus acceptable que la surveillance « big brother », comme le montre la cyberintimidation. L'abondance d'informations peut également entraîner une surcharge cognitive, la distraction et l'amnésie, et les études sur les travailleurs et les étudiants montrent que de nouvelles formes de vulnérabilités découlent de la dépendance croissante envers les infrastructures d'information.

Dans cette optique, l'avènement de l'ère de la vie en ligne appelle au développement d'une nouvelle série de droits fondamentaux pour les citoyens, comme ceux récemment proposés dans la Déclaration des droits sur internet du Parlement italien. Ces droits vont bien au-delà de la vie privée, et englobent, par exemple, le « droit de concentrer notre attention », qui a été identifié par les experts comme « une condition essentielle et nécessaire à l'autonomie, la responsabilité, la réflexivité, la pluralité, la présence engagée, et un sentiment d'appartenance ». Cette réflexion, bien que complexe, est trop importante pour être tout simplement laissée aux experts et exige de toute évidence une plus grande participation des citoyens pour informer les organismes de réglementation de leurs besoins et de leurs préoccupations réels. C'est pourquoi nous vous demandons de nous faire part de vos opinions !


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Notre série REIsearch

Initiative européenne. Ce premier article s’inscrit dans notre série REIsearch composée de trois thèmes. Active à travers une dizaine de pays européens, cette opération est promue par Atomium, l’institut européen pour les sciences, les médias et la démocratie. Cet institut a été lancé il y a sept ans au Parlement européen par l’ancien président français Valéry Giscard d’Estaing et par Michelangelo Baracchi Bonvicini, actuellement président honoraire et président de l’institut. Lors de chaque publication hebdomadaire, les internautes de LaLibre.be sont invités à répondre à une enquête européenne en ligne, qui fera l’objet d’un rapport.

Objectif : REIsearch veut établir un lien entre l’expérience des citoyens de l’UE et l’expertise de ses chercheurs afin de venir en soutien des décideurs politiques lorsqu’ils prennent des décisions qui ont une incidence sur la société.

Partenaires presse : Pour donner une vraie visibilité à cette édition 2017, neuf grands médias européens sont associés : "El Pais", "Frankfurter Allgemeine Zeitung", "Il Sole 24 Ore", "Der Standard", "Elsevier", "Luxemburger Wort", Wyborcza.pl, Publico et "La Libre Belgique".