Digital L’ex-pépite française a été placée en redressement budgétaire. Voici pourquoi.

L’annonce a fait l’effet d’une bombe au sein de la "French Tech" et du monde entrepreneurial français. Viadeo, un réseau spécialisé dans le recrutement en ligne, a été placé, mardi, en redressement judiciaire par le tribunal de commerce de Paris pour une durée de trois mois. Fin février, la société Viadeo S.A. sera placée en liquidation. Le président du tribunal de commerce va à présent procéder à la cession des actifs. Se voulant rassurante malgré une situation financière alarmante (sur les neuf premiers mois de l’année, le chiffre d’affaires de Viadeo a fondu d’un tiers, à moins de 12,3 millions d’euros), la direction du réseau professionnel français a indiqué qu’elle avait déjà reçu "plusieurs offres […] de repreneurs".

L’échec de la conquête du "Far East"

Fondé en 2004 par deux entrepreneurs français, Dan Serfaty et Thierry Lunati, Viadeo s’était d’emblée positionné comme une alternative à la plateforme américaine LinkedIn, lancée un an plus tôt. La start-up connaît une forte croissance en France, et dans d’autres pays européens (dont la Belgique), au cours des premières années. En 2011, son chiffre d’affaires approchait des 40 millions d’euros, avec des taux de croissance annuels à deux chiffres. L’entreprise comptera jusqu’à 450 salariés.

Grisé par le succès, tout en étant conscient qu’il était vain d’aller concurrencer LinkedIn sur le marché américain, Dan Serfaty décide de développer Viadeo dans quelques grands pays émergents. En 2010, Viadeo rachète Tianji, son équivalent chinois; fin 2011, un bureau est ouvert en Russie. Viadeo prendra également pied en Inde.

Une entrée en Bourse loupée

Mais la conquête du "Far East" s’avère bien plus complexe que prévu. Surtout, elle coûte très cher en capitaux. En 2012, Viadeo avait levé 24 millions d’euros auprès de ses actionnaires historiques et du Fonds stratégique d’investissement (intégré, depuis lors, à Bpifrance). Mi-2014, Viadeo repartait en quête de capitaux frais en jouant la carte de l’introduction en Bourse. Alors qu’elle espérait lever entre 30 et 40 millions d’euros, elle n’engrange toutefois que 22 millions d’euros. Trois ans plus tôt, LinkedIn avait glané plus de 200 millions en Bourse !

L’aventure orientale tourne au fiasco. Fin 2015, Viadeo ferme la Chine et l’Inde. Dan Serfaty, figure emblématique de Viadeo, est contraint à la démission. C’est alors Renier Lemmens, ex-patron de Paypal Europe, qui est chargé de redresser la barre en recentrant les activités de Viadeo en France. Mais il est déjà trop tard.

Dans le même temps, LinkedIn poursuit sa course en tête de façon insolente. Au point de susciter l’intérêt de Microsoft qui, l’été dernier, mettra 26,2 milliards de dollars sur la table pour racheter l’entreprise.