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Une contribution de Roald Sieberath, Multi-entrepreneur, coach de start-up pour accélérateurs, dont LeanSquare.


"il n’est pas normal qu’un investisseur soit majoritaire dès le premier tour "


Chère Z.,

Tu recherches du financement pour ton projet, et suite à l’intérêt d’un investisseur privé (“business angel”), tu t’apprêtes à accepter sa proposition.

Il est tout à fait possible que ce soit la meilleure chose à faire. Cependant, j’ai déjà rencontré trop de cas d’investissements mal ficelés que pour ne pas te conseiller de prendre encore un peu de temps, et des conseils extérieurs.


1. Bien comprendre ce qu’est un angel.

Faut-il le rappeler ? Un business “angel” n’est pas un ange, tombé du ciel. C’est généralement un ancien entrepreneur, qui a déjà mené au moins un business avec succès, l’a revendu, et cherche à placer une partie de ses gains.

Face à lui, un entrepreneur débutant est généralement dans un grand déficit d’expérience. De plus, le risque n’est pas du tout le même : l’angel sait (et assume) qu’il risque de perdre l’entièreté de sa mise… raison pour laquelle on conseille aux angels de ne placer à risque que 10% de leur fortune. Pour l’entrepreneur, l’échec a souvent des conséquences plus lourdes.


2. Préférer un angel expérimenté :

On rencontre de plus en plus de business angels, sur le marché… Certains ont bien gagné leur vie, parfois comme top manager. Du coup leur expérience purement startup est limitée, pour ne pas dire inexistante. Un manager ne fonctionne pas comme un entrepreneur, la théorie de l’effectuation l’a montré.

A vérifier également : s’il a réalisé d’autres investissements, et ce qu’en pensent les fondateurs des autres boites investies.


3. Bien lire les petits caractères :

Sortez vos lunettes, surtout si votre angel vous a dit : “on va juste prendre mon avocat, ça nous coûtera moins cher”. J’invite vivement l’entrepreneur à se faire conseiller de son côté par son propre avocat. Et pas juste “ma copine a un cousin qui est avocat et veut bien jeter un oeil” (surtout si il est spécialisé en divorces). Non, prenez un avocat qui a X années d’expériences en droit commercial, et en particulier en opérations sur le capital (rachats, acquisitions, levée de fonds). C’est une matière technique, et un avocat rôdé peut faire une grosse différence.


4. La valorisation : auparavant, j’avais tendance à dire “ne vous focalisez pas trop sur la valorisation” (c’est-à-dire quel pourcentage d’actions on lâche pour combien de capital contribué). L’entrepreneur débutant, parce que c’est quasi le seul paramètre qu’il comprend, a tendance à s’arc-bouter dessus, parfois au détriment des clauses, qui pourtant peuvent être pénalisantes (demandez au cousin avocat de la copine qu’il vous explique les “liquidation preferences”). Mais j’ai entendu quelques histoires qui m’invitent à rappeler ceci : il n’est pas normal qu’un investisseur soit majoritaire dès le premier tour . Un investisseur “sain” prendrait typiquement entre 20 et 30% de la société. Les investisseurs que j’ai rencontré dans la Silicon Valley me disent qu’ils ne regardent carrément pas les dossiers où les investisseurs sont majoritaires (en tous cas avant les grandes levées), car ce n’est pas sain.


Voilà quelques premiers conseils. Pas de précipitations, c’est aussi avant tout une relation humaine, et il est bon de se donner le temps de jauger le tempérament de son futur associé avant de signer le contrat.

R.