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Une contribution de Roald Sieberath, Multi-entrepreneur, startup coach et venture partner pour LeanSquare, et Professeur invité à l'UCL et à l'UNamur.


Chère A.,

Ton projet fait partie de ces initiatives rafraîchissantes : un nouveau monde est possible, et des jeunes comme toi, de plus en plus nombreux, choisissent la piste de l’entrepreneuriat social pour imprimer leur marque sur la planète.

C’est une évolution heureuse, qui dans le meilleur des cas, peut être une transformation radicale de la société. Ainsi John Mackey, le fondateur de Whole Foods Market aux Etats-Unis, a quasi lancé un mouvement à lui seul, dès 1980 avec son magasin (puis chaîne) de nourriture bio, sourcé localement (avec la photo des producteurs). Il a co-écrit avec Raj Sisodia le livre “Conscious Capitalism”, qui est sans doute une voie à suivre pour concilier la puissance du capitalisme, et l’aspiration à une société plus équilibrée.

Pour alimenter de telles visions, une vidéo de Simon Sinek est depuis quelques années un “classique” dans tous les milieux des startups : “Start with Why”. Dans ce petit speech convaincant en format TED de 18 minutes, Sinek y distingue le What, le How et surtout le Why d’une entreprise, le Quoi, le Comment et le enfin le Pourquoi, qui a une place prépondérante dans les boites à succès. “Les gens n’achètent pas ce que vous faites, ils achètent pourquoi vous le faites”. Ne produisons pas des choses, mais du sens.

Le message est reçu 5/5 par la génération Y ou milleniale, qui ne supporte plus les “jobs à la con” et cherche du “purpose”, une finalité, un sens, dans les entreprises où elle s’investit. Elle le voit même comme une condition de l’engagement (dans son sens d’implication).

Je ne peux qu’applaudir : j’ai toujours considéré que le purpose était un élément central dans le développement d’une vision, donc d’une stratégie. Et certains dinosaures de nos économies feraient bien de repenser la finalité qu’elles offrent à leurs collaborateurs.

Mais pour revenir au cas de notre entrepreneur, il y a un autre Why que l’on ferait bien de ne pas oublier : une fois que l’on a bien ancré ses propres motivations, dans la mesure où l’on est encore dans une économie de marché, il faut s’assurer que le client, en face, a également un “pourquoi” il est intéressé (ou pas) à acheter votre produit ou service !

Cela semble une évidence, et pourtant je commence à rencontrer de plus en plus de jeunes entrepreneurs qui peuvent passer une heure à m’expliquer en quoi leur projet est aligné avec leurs valeurs profondes, leur aspirations, leur histoire… et qui ne savent pas expliquer cinq minutes pourquoi des clients auraient une aspiration qui rencontre la leur !

On ne pas pas être dans son trip solo, aligné avec soi-même, sur son envie profonde de (p.ex.) faire de la nourriture bio pour chats. Une économie reste un modèle d’échange de valeur, et il faut que des acheteurs aient un “Why” qui résonne et rencontre le vôtre.

R.