Digital

Une contribution de Roald Sieberath, Multi-entrepreneur, startup coach et venture partner pour LeanSquare, et Professeur invité à l'UCL et à l'UNamur.


Cher T.,

Merci de me tenir informé de ta recherche de fonds pour ton projet de startup, et surtout, de ton calendrier.

On le sait, une levée de fonds, ça se prépare très longtemps à l’avance. L’entrepreneur est souvent dupe d’histoires de fonds levés en quelques semaines, dont il ignore à quel point elles sont exceptionnelles, ou à quel point elles avaient été préparées par un travail de fond pendant des mois au préalable.

On donne souvent six mois comme durée approximative d’une levée de fonds, et ceux qui sont passés par là estimeront que rajouter quelques mois est plus réaliste.

Erreur typique de l’entrepreneur débutant : attendre de voir le besoin d’argent pour se mettre en recherche. C’est non seulement souvent trop tard, mais surtout, on va apparaître à l’investisseur comme un poste de dépenses, là où il vaudrait mieux apparaître comme une opportunité en pleine croissance.

Et là où je peux être d’accord avec toi, c’est que l’investisseur belge est particulièrement « risk-averse », allergique au risque. C’est déjà perceptible dans le choix de vocabulaire : on appelle chez nous « capital risque » (insistant bien sur le risque), ce qui dans le monde anglo-saxon on appelle « venture capital », ce que l’on pourrait traduire par « capital d’aventure ». L’investisseur américain va évaluer le risque bien entendu, mais il va le mettre dans la balance avec le potentiel, avec l’ « upside », le bénéfice si tout se passe bien.

On peut remarquer aussi une différence d’attitude entre un fonds de VC, et un business angel individuel : là où ce dernier est dans une logique à sélectionner deux ou trois dossiers à investir précautionneusement, le premier sera dans une logique de « portfolio », pleinement conscient que certains deals vont capoter, mais qu’ils devraient être rattrapés par ceux qui « cartonnent » (moins de 1 sur 10).

Ceci pourrait expliquer une frilosité perçue chez certains business angels : ils veulent vraiment que chaque deal soit un succès. Ce qui peut amener à ce qu’ils s’impliquent plus intensivement, ouvrant les portes, multipliant les discussions stratégiques. Quand c’est fait avec talent, on peut parler vraiment de « smart money ».

Ils vont vouloir dé-risquer au maximum leur investissement (c’est compréhensible, un VC le souhaite également), mais parfois en tirant les discussions en longueur, dans l’espoir de voir se concrétiser ce fameux deal à venir que tu as évoqué.

Mon conseil : à un moment, sois clair et ferme sur tes deadlines.

Et aussi, surtout : entretiens un dialogue en parallèle avec plusieurs investisseurs et angels, histoire de ne pas trop souffrir d’un délai ou d’un refus.

R.