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Une contribution de Roald Sieberath, Multi-entrepreneur, startup coach et venture partner pour LeanSquare, et Professeur invité à l'UCL et à l'UNamur.

Cher T.,

Ta PME « classique » existe depuis plus de 15 ans, et n’est donc certainement pas une startup. Pourtant, tu reçois tous ces signaux et ces messages, qui t’invitent à faire le bond de la fameuse « transformation numérique ».

Les consultants n’ont plus que ce mot à la bouche.

Pour un vétéran du Net comme moi (qui ai connu HTML 1.0 au début des nineties), cette évolution est inscrite dans les astres depuis longtemps, et l’empressement actuel en est presque suspect.

On voit alors des PME vénérables, inspirées par des success story de startups, ou motivées par la crainte de la disruption, qui se lancent à corps perdu dans une transformation visant à les transformer en startup.

Des modifications aussi radicales sont rarement couronnées de réussite : parfois on risque de casser ce qui marchait encore, à vouloir transformer ses vieux managers loyaux en startupeurs.

Je recommande au contraire d’avoir à cœur de préserver le « core » de l’entreprise, qui comprend son histoire, sa connaissance de marché. En revanche, l’innovation vient quasi toujours de la « frontière » (le « edge » cher à John Hagel). La PME doit donc organiser cette recherche de l’innovation-frontière, soit en y détachant quelques personnes, ou encore mieux, en y planchant avec de véritables startups (qui pour leur part sont souvent trop détachées de la connaissance et de la proximité du client).

Dans cette quête, une PME peut s’inspirer de quelques traits de la startup :

- L’agilité : un véritable crédo pour beaucoup de startups (voir le « Agile Manifesto »), une forme de pragmatisme qui dépasse le souci des procédures ;

- Le rythme : une startup évolue à une autre cadence que la PME, avec un sentiment d’urgence qu’il est bon de cultiver ;

- La veille : guetter les tendances, les expérimenter, voir comment les adopter ;

- Les métriques : une culture des chiffres (de fréquentation, de conversion,…) souvent suivis au quotidien ;

- Le « growth hacking » : cette approche et ces techniques qui visent à provoquer la croissance, précisément en suivant de près les métriques.

- L’expérimentation : tester, essayer, permettre les erreurs, ajuster, itérer, plutôt que vouloir concevoir le plan parfait avant de le dérouler.

En permettant cet espace de relative libérté, à sa frontière, une PME s’assurera d’amener le sang neuf, qui pourra à terme, et progressivement, s’intégrer à son « core ». Et lui permettre une transformation numérique qui sera plus profonde qu’un simple effet de mode.

R.