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Une contribution de Roald Sieberath, Multi-entrepreneur, startup coach et venture partner pour LeanSquare, et Professeur invité à l'UCL et à l'UNamur.


Cher G..,

On s’est croisés à quelques événements de networking et autres concours de pitch du milieu startup.

Comme beaucoup, j’ai été frappé par l’enthousiasme communicatif que tu mets dans tes présentations sur scène, et que l’on retrouve également dans les discussions informelles où tu parles de ton projet.

Je suis un fan absolu de l’enthousiasme : il recèle une énergie incroyable, une inspiration qui peut porter un projet, et surtout un moyen extraordinaire de convaincre, et d’attirer clients, partenaires, collaborateurs autour de son idée. Moi-même, j’aime « carburer » à l’enthousiasme.

Selon son étymologie grecque, « enthousiasme » c’est être animé par un dieu, par quelque chose qui nous dépasse (qui peut être le « why », la finalité du projet).

A une époque où tellement de projets manquent de souffle, d’inspiration, l’enthousiasme est le bon moyen de « crever l’écran », de convaincre.

Et pourtant, il ne suffit pas.

J’ai vu ta première présentation il y a 8 mois déjà. Avec cette belle énergie déjà présente.

Et puis j’ai revu ce pitch encore la semaine passée, avec un enthousiasme quasi intact.

Je veux saluer ça.

Mais en même temps souligner à quel point le projet concrètement, n’a pas avancé. Au-delà de tes slides de présentation, tu n’as toujours pas de produit ; pas même un petit MVP (Minimum Viable Product) à soumettre à ton public, pour en solliciter le feedback.

C’est là que l’on réalise aussi que l’enthousiasme ne peut pas être uniquement une question de « bon esprit » : il doit se transformer en actions concrètes.

Il est un déclencheur de l’action, il ne peut pas en être un substitut.

L’entrepreneur qui sort du lot, c’est celui qui est à la fois grand vecteur d’enthousiasme, et très porté sur l’action. Chez lui, l’enthousiasme est l’action : on passe du souffle (d’inspiration) au mouvement, comme le vent sur les voiles d’un navire le fait avancer.

L’enthousiasme ravive le « sense of urgency » dont on a parlé par ailleurs (lettre #60) : ce sentiment que les choses ne peuvent pas attendre.

Qu’il vaut mieux empoigner la tâche devant soi, plutôt que longuement peser le pour et le contre, tergiverser… et manquer le train. « Move fast and break things » était l’adage de Mark Zuckerberg chez Facebook. On fait peut-être (certainement) des erreurs, mais on avance, et on corrige par après.

En ce sens oui, l’entrepreneur est un peu un héros des temps modernes : un « d’Artagnan » habité par sa cause, et immédiatement dans l’action.


R.