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Une contribution de Roald Sieberath, Multi-entrepreneur, startup coach et venture partner pour LeanSquare, et Professeur invité à l'UCL et à l'UNamur.


Chère T..,

Face au jury dans ce concours de pitch, on t’as senti très fort sur la défensive.

Pour dissiper d’éventuels malentendus, je voudrais tenter de mettre en perspective une façon plus correcte de percevoir les interventions des coaches ou autres conseillers.

Tu as peut-être été habituée aux commentaires très positifs que l’on rencontre dans certaines structures d’accompagnements, qui veulent brosser dans le sens du poil, et gardent l’entrepreneur dans un cocon.

Malheureusement, ce n’est pas en poliçant leur langage qu’ils vont aplanir la route devant toi.

Quasi à l’opposé, j’ai appris à apprécier l’approche américaine (encore cet été en Silicon Valley), où le feedback est « brut de décoffrage » : le coach donne ses avis ou critiques, sans mettre de gants particuliers.

Dans notre registre culturel (en particulier belge, moins confrontant que le français), cela est perçu comme fort agressif.

Pourtant si on y regarde de plus près, il n’y a pas d’agression à proprement parler : c’est simplement quelqu’un qui émet un avis différent. Il ne met pas de gants, certes, mais pas de gants de boxe non plus.

La nuance peut parfois paraître ténue, mais pourtant elle est bien réelle : un coach qui confronte te met simplement face à une réalité, ou à une question.

« Tes ventes sont de 20 au lieu des 400 annoncés, que comptes-tu faire ? », ce n’est pas rentrer dans un affrontement, c’est simplement mettre un entrepreneur face à sa réalité du terrain.

D’ailleurs, si on néglige trop longtemps cette réalité de terrain, elle se rappelle à vous sous forme de marché qui ne décolle pas, d’impayés, ou de défaut de paiements. La confrontation du coach était tout un plus un signe avant-coureur de cela, elle n’en est pas la cause.

On voit de temps à autre un entrepreneur qui se sent véritablement agressé parce qu’un coach « ne croit pas » dans son projet. Ca ne devrait pourtant pas être une question de foi : un des rôles du coach est justement de transformer des systèmes de croyances et d’hypothèses en tests, en validations, en objectivation de marché. Oui, il faut le reconnaître : un coach (et encore davantage un investisseur) est un peu Saint Thomas, il a besoin de mettre le doigt là où ça fait mal pour s’assurer de la réalité de ce qu’on lui promet.

Souvent dans de tels cas, la bonne attitude pour un entrepreneur est de parvenir à se détacher un peu de son projet : ce n’est pas littéralement son bébé, il doit être possible de le critiquer, le remettre en question, pour permettre d’évoluer.

R.