Digital

Une contribution de Roald Sieberath, Multi-entrepreneur, startup coach et venture partner pour LeanSquare, et Professeur invité à l'UCL et à l'UNamur.

Cher X.,

J’ai salué la vision originale qui sous-tend ton projet d’app. Tout comme j’apprécie la volonté, le « grit » dont tu fais preuve, en ayant mis de côté ta carrière de consultant depuis plusieurs mois, pour te consacrer à ce projet.

Je t’ai partagé ce qui serait le scénario typique d’un funding dans notre plat pays (peut-être parfois trop plat) : les tous premiers développements sont généralement financés par les fameux « 3F » (Friends, Family and Fools). La mention des « Fools », à côté des amis et de la famille, souligne avec ironie à quel point il est difficile de convaincre des investisseurs extérieurs dans les toutes premières phases d’un projet, à quel point cela reste quasi une question de foi dans le projet.

On est là typiquement dans des montants en dizaines de milliers d’euros, qui peuvent payer un petit développement, un (tout petit) salaire éventuel au fondateur (s’il ne sait pas s’en passer).

Les investisseurs suivants sont soit des « business angels » (particuliers fortunés) ou « institutionnels » (fonds d’investissement en capital d’amorçage, dont LeanSquare est un exemple). Là on discute de montants qui peuvent être typiquement de l’ordre de 100K€ à 200 K€ (tu auras remarqué que l’on parle en « k euros » au lieu de dire « milliers d’euros », tic de langage du métier). Ces investisseurs s’attendent à voir un projet dans un état un peu plus avancé, ayant déjà son prototype, voire version fonctionnelle, et idéalement, la sacro-sainte « traction du marché », qui prouve que le public est demandeur du produit (et prêt à le payer).

Des dizaines de projets sont financés de cette façon, bon an, mal an. Cela reste un métier fort risqué, aussi bien pour l’entrepreneur, que pour l’investisseur. Seule une minorité (on parle de 10%) s’avèrent bien rentables pour l’investisseur, et permettent de compenser les pertes réalisées sur les autres.

Dans ton cas, tu sembles doté d’une ambition « à l’américaine » : ton projet te semble tellement beau, et unique, que tu souhaites trouver plutôt un montant de 1 M€, sur une valorisation de 5 M€ (c’est-à-dire en ne lâchant que de l’ordre de 20% de la startup).

Ce genre de valorisation, pour des projets sans véritable prototype fonctionnel ni traction de marché se rencontre peut-être en Silicon Valley, mais en Belgique, autant dire que c’est rarissime, voire inexistant, à moins d’avoir d’autres atouts uniques dans sa manche : un réseau de distribution déjà acquis, un « monopole » de fait via un brevet, ou autre « unfair advantage ».

A mes débuts d’entrepreneur, j’avais également une attention obsessive à ces questions de valorisation. A présent, je trouve plus essentiel de regarder : ce qui est nécessaire pour avancer, et aussi les clauses de la convention d’actionnaires, qui règlent les modalités et la gouvernance de la startup.

Bonne chance pour trouver les moyens de tes ambitions !

R.