Digital

Une contribution de Roald Sieberath, Multi-entrepreneur, startup coach et venture partner pour LeanSquare, et Professeur invité à l'UCL et à l'UNamur.

Cher R.,

Le monde des médias (y compris sans doute celui où je partage ces lettres) aime croire et répéter comme un mantra que « content is king ». Certes, le contenu c’est fondamental, qu’il s’agisse de l’avenir de la presse, ou de la proposition de valeur de ta startup.

Et pourtant, j’ai envie d’ajouter, aussitôt après : « context is the real king ».

C’est valable pour le monde des médias : Facebook et autres réseaux sociaux ont montré que l’utilisateur lambda se soucie davantage d’un contenu parce qu’il est partagé par un ami, et que « lire les news », ce n’est plus une activité à déplier pendant une heure un journal sur une pleine table, mais à grignoter des petites news de buzz, à toutes sortes de moments perdus.

Pour en revenir aux startups, certaines trouvent malin de « copier / coller » des idées américaines, pensant ainsi éviter toute une étape de validation. Le fonds et incubateur allemand Rocket Internet s’en est même fait une spécialité, lui qui est devenu une « usine » à faire des copies de projets qui marchent, comme Zalando (inspiré de Amazon et Zappos), HelloFresh (adaptation de BlueApron), etc.

Si on regarde de plus près, il y a une belle leçon à prendre : ces entreprises ne sont pas de simples « copiés / collés ». Il y a un travail important d’adaptation à réaliser, qui inclut les particularité des marchés européens, de la sensibilité différente à divers aspects de vie privée, etc.

BlaBlaCar est un succès, non pas parce que c’est une copie de Uber, mais précisément parce que ça n’en est pas une ! Là où Uber venait disrupter les yellow cabs américains, BlaBlaCar s’est davantage insipiré du covoiturage, de l’auto-stop, beaucoup plus présents dans la culture européenne.

Je t’invite donc, pour ton projet startup, à prêter grande attention non seulement au contenu de ce que vous faites (le ‘quoi’) mais également au contexte (le ‘comment’, le ‘où’, le ‘pourquoi’).

Ainsi une école de code, de ce que je vois chez BeCentral par exemple, s’accommodera mieux d’une structure « grassroots » de volontaires de terrain, que d’un cadre très « corporate ».

Si on ne prend garde à ça, on risque fort de se retrouver avec des situations aussi saugrenues que d’installer un magasin de pneus dans un « red light district » (encore que dans notre nation surréaliste tout est possible).

Pour lancer une affaire qui roule, on peut s’inspirer chez nous d’entrepreneurs comme les fondateurs de Cowboy ou Billy.bike, qui ont passé des mois à bien comprendre l’environnement et le contexte, pour concevoir et peaufiner des produits adaptés.

Bonne route !

R.