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Une contribution de Roald Sieberath, Multi-entrepreneur, startup coach et venture partner pour LeanSquare, et Professeur invité à l'UCL et à l'UNamur.

Cher G.,

On m’a fait parvenir récemment une pub pour une école de commerce française, avec un slogan « Entrez rêveur, sortez manager ! ».


Sans doute parfaitement adéquate pour son public cible, elle avait déchaîné les commentaires, sur des groupes Facebook disons davantage « artistes », comme celui-ci, au vitriol : « s’il y avait un slogan sur les portes de l’enfer, ce serait celui-là ! ».

Dans une époque post-moderne comme la nôtre, je comprends que l’aspiration à rêver reste un espace de liberté que les gens veuillent préserver à tout prix.

Le rêve, lié à l’imagination, est un ingrédient indispensable aux prémices de toute aventure, qu’elle soit entrepreneuriale, ou humaine.
On ne va pas sur la lune si on n’en a pas rêvé !

Alors que « rêver » est souvent connoté négativement dans certains milieux professionnels, soucieux d’efficacité, je suis pour ma part un grand partisan d’une part de rêve. Rêver c’est aussi travailler !

Les grands entrepreneurs sont souvent des visionnaires : ils « voient » quelque chose, là où le commun des mortels ne voit… rien. C’est Disney qui rêve de son premier parc, c’est Steve Jobs qui rêve de pouvoir mettre 1000 morceaux de musique en poche (alors que l’on sort de l’ère du walkman). C’est Elon Musk qui rêve de mettre une Tesla en orbite. On n’arrive pas à de telles idées au bout d’un processus rationnel, la tête entre les mains.

Bien entendu, ce qui anime au premier chef ces entrepreneurs exceptionnels, c’est un « sense of urgency », un sentiment d’urgence, à passer du rêve à la réalité. Le rêve, l’idée c’est la graine (et je ne suis pas d’accord qu’elles se valent toutes : il y a des graines de baobab, et d’autres de buis, ce n’est pas pareil).

Le reste, l’action, c’est le jardinage pour faire grandir et développer cette graine en une plante robuste. C’est l’exécution, la confrontation quotidienne aux petits problèmes à régler, pour faire recoller le rêve à la réalité, pour faire décoller le projet.

En tant que coach ou investisseur, on entend beaucoup de pitches, et on finit par détecter des patterns, des motifs : si sur les cinq minutes typiques d’un pitch, l’entrepreneure en passe quatre à tenter de nous convaincre de la beauté de sa vision… c’est qu’il n’a pas encore grand-chose, qu’il n’a pas vraiment démarré.

Les entrepreneurs qui sont dans le feu de l’action, eux, vont nous vendre la vision en une minute maximum, et passer plus de temps dans des considérations opérationnelles : comment ajuster le produit, le faire arriver dans les mains du client, contrôler les coûts, dégager la marge.

Pour paraphrase la citation d’Einstein : le succès, c’est 1% de rêve, et 99% d’action.

R.