Digital

Une contribution de Roald Sieberath, Multi-entrepreneur, startup coach et venture partner pour LeanSquare, et Professeur invité à l'UCL et à l'UNamur.

Chère H.,

Tu aspires à te lancer comme consultante en réseaux sociaux (en particulier les « visuels » : Instagram, Facebook / Messenger Stories, YouTube, Pinterest, que tu pratiques assidûment), à destination des petits commerçants qui, dis-tu, ont tout à gagner d’une présence réfléchie sur ces réseaux.

Une seule chose semble t’arrêter : tu ne te sens pas légitime à te poser en experte, tant que tu n’as pas fait une des formations (universitaires ou online) en marketing digital qui sont apparues ces dernières années.

C’est bien compréhensible : tu est atteinte de ce que l’on appelle « le syndrome de l’imposteur ». Le terme désigne cette tendance à ne pas se sentir à sa place, ne pas se sentir légitime, suffisamment qualifié, pour occuper une place. Elle est également appelée « syndrome de l’autodidacte », et recouvre le fait d’avoir l’impression de ne pas mériter les lauriers que l’on reçoit, et de s’attendre à être « démasqué ». Et on compense alors par de l’ « overdoing » (on en fait trop) ou de l’ « underdoing » (on en fait trop peu,… histoire d’avoir une excuse à son éventuel échec !)

Le syndrome de l’imposteur est déjà assez courant dans le monde de l’entreprise en général, mais dans le milieu startup ça friserait l’épidémie !

Je veux te rassurer doublement : cette crainte est légitime, et TU es légitime.

Il est en effet normal de connaître une certaine anxiété, quand on couvre des domaines qui n’existaient pas encore il y a seulement quelques années. Attendre que les universités s’en soient emparées pour en faire un certificat ou master complémentaire, c’est leur prêter une réactivité qu’elles ne peuvent sans doute avoir qu’avec quelques années de recul.

Et surtout : toi, tu es légitime, dans cette activité. Tu l’es aussi parce que ce n’est pas juste une passade, mais bien une passion, que tu poursuis depuis plusieurs années (j’en n’en dirais sans doute pas autant de la floraison récente de « spécialistes GDPR »…). Où tu as toi-même appris en suivant les conseils et astuces des grandes instagrammeuses et youtubeuses (oui, c’est ainsi que ça se dit !). Et tes quelques milliers de followers, même s’ils pâlissent à côté des millions de tes modèles, sont déjà une marque de crédit plus que suffisante pour apporter de la valeur à tes marchés cibles.

Ce que je vois autour de moi, ce sont des entrepreneurs qui sont souvent, au départ, de (relatifs) imposteurs : c’est ce côté « Christophe Colomb », qui a suivi son étoile, et a découvert un nouveau territoire. Ce qui va compter, c’est la conviction, l’énergie, la remise en question permanente, le goût d’apprendre et de partager.

Dans beaucoup de ces nouveaux domaines, les lauriers se méritent sur terrain, davantage que dans les auditoires !

R.