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Une contribution de Roald Sieberath, Multi-entrepreneur, startup coach et venture partner pour LeanSquare, et Professeur invité à l'UCL et à l'UNamur.

Cher T.,

J’ai bien reçu ta demande.

Le bon usage de mes diverses casquettes professionnelles (et la déontologie) m’obligent à te demander de préciser le sens de ta demande.

Le « marché » de l’accompagnement des entrepreneurs est devenu terriblement à la mode, et s’est assez rapidement rempli de gens bien intentionnés, diversement formés, et avec des étiquettes diverses : conseiller, mentor,… voire parfois « gourou », et surtout « coach » (autoproclamé, puisque l’appellation n’est pas protégée, seul le « coach certifié » l’est).

A mon sens, on peut porter tous les labels que l’on veut, mais généralement pas en même temps, et il importe, pour la relation avec l’entrepreneur, de savoir à quel titre on lui parle lorsqu’il s’adresse à nous.

Si c’est un coaching que tu attends de moi, je vais vouloir interpréter ce rôle au plus près des pratiques recommandées par l’ICF ou l’IAC (les grandes fédérations de coaches certifiés). Dans cette optique, il s’agit surtout d’une maïeutique, d’un questionnement qui doit te permettre d’accoucher de ta vérité, de ton plan d’action. Il ne faut pas attendre d’un coach des réponses, mais plutôt qu’il amène à se poser les bonnes questions.

Certains attendent aussi d’un coach le rôle de celui qui pousse, qui encourage et crie sur le bord du terrain, à l’image du coach sportif. Pour ma part, je préfère laisser ce rôle de « cheerleader » aux proches, à la famille, aux amis. D’une façon sans doute plus asiatique, je considère que la motivation doit être en grande part intrinsèque, et s’aiguise par la pratique, et la discipline.

Dans un autre registre, si c’est mon avis que tu me demandes, dans le sens « que ferais-tu à ma place ? », ça me met dans le rôle du consultant, du conseiller.

Par ailleurs, j’aurais souvent tendance à répondre que mon avis individuel importe peu. Ce qui compte avant tout, c’est l’avis du marché. Un public qui est demandeur d’un produit est la meilleure réponse à bien des questions business.

Sans doute qu’à force d’avoir vu des dizaines, des centaines de projets startups, j’ai fini par me faire une idée, détecter des patterns dans ce qui marche et ce qui ne marche pas.

Mais j’essaie de me tenir à l’écart de vérités absolues « ceci échoue toujours », « cette étape est absolument indispensable », parce que à peu près en face de chaque règle d’airain, on peut placer une exception ou un contre-exemple.

Ceci devrait amener les coaches à beaucoup d’humilité dans le rôle auprès des entrepreneurs.

En tout état de cause, dans ta demande à un de ces accompagnateurs, veille à ce que soit clair le statut auquel tu fais appel. Cette clarté de contexte sera utile à tous.

R.