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Une contribution de Roald Sieberath, Multi-entrepreneur, startup coach et venture partner pour LeanSquare, et Professeur invité à l'UCL et à l'UNamur.

Chère Z.,

Dans ton message, tu me fais part de ce dilemme classique des entrepreneurs en démarrage : travailler sur son projet startup comme un « side project », un projet à côté de son boulot principal, ou bien tout lâcher, et se consacrer entièrement à son projet startup.

C’est une question récurrente, et qui trouve des adeptes dans les deux camps.

Garder son boulot, et travailler sur le côté, les soirées et les weekends semble la solution la plus naturelle ou la plus sûre… mais elle a le gros inconvénient de ralentir le développement : on n’y travaille que quelques heures par semaines, et parfois d’autres impératifs de weekends (familiaux par exemple) viennent réclamer le temps que l’on comptait consacrer à la startup.

Face à cela, les tenants de l’approche « on lâche tout » ont de bons arguments : lâcher son boulot principal va enfin permettre de mettre toute son énergie dans le projet startup. Soudain, on va avoir 80 heures (selon l’ambition) à mettre à disposition de la startup.
On n’a plus de revenus professionnels, mais pour certains, c’est un avantage supplémentaire : la « faim » va décupler nos forces pour réussir ce projet.

« Stay hungry, stay foolish ! » disait Steve Jobs, après tout.

Nous avons à présent le recul sur des dizaines de trajectoires entrepreneuriales, et on peut tout de même faire pencher la balance d’un côté (tout en reconnaissant qu’il peut y avoir des cas particuliers).

Le verdict est largement en faveur de garder son travail principal.

Ceux qui lâchent tout ont souvent sous-estimé le temps que cela prendrait, péché par excès d’optimisme sur le(s) pivot(s) qui seraient nécessaires avant d’arriver au fameux « product-market fit ». Et ils sont nombreux à se trouver à court de ressources après 6 mois ou un an (voire deux) passés à essayer de transformer l’essai.

Par contraste, celui qui a gardé son boulot multiplie les avantages. Il peut injecter des moyens supplémentaires dans son projet startup. Souvent, il peut négocier progressivement un temps partiel qui lui permet de phaser mieux son passage du statut d’employé à celui d’entrepreneur. Enfin, les contacts et le réseau professionnel peuvent s’avérer utiles pour le lancement de la startup.

Le véritable challenge pour cet entrepreneur là, c’est de véritablement dégager le temps nécessaire à la poursuite du projet startup, les soirées, les weekends, au prix de sacrifices sur le temps consacré à la famille, aux hobbies.

En conclusion donc, chère Z., je te conseillerais de garder ton day job, en réalisant bien que si c’est plus confortable d’un point de vue revenus, pour le reste, il s’agit bien de se mettre en dehors de la zone de confort, et de quasi littéralement « travailler double ».