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Une contribution de Roald Sieberath, Multi-entrepreneur, startup coach et venture partner pour LeanSquare, et Professeur invité à l'UCL et à l'UNamur.

Cher N.,

Un ami commun m’a transmis ta demande. Si je la résume, c’est « il paraît que vous avez du réseau ; j’aurais besoin de ce réseau »…

Alors oui, effectivement, après plus de 20 ans à rouler ma bosse dans les milieux tech et startups, j’ai évidemment un certain réseau, un carnet d’adresses (plusieurs milliers de contacts professionnels sur LinkedIn).

Mais il est très difficile de répondre à une demande aussi floue que la tienne (oserais-je dire ‘naïve’ ?)

Un réseau n’est pas quelque chose que l’on peut facilement « transférer »… Ces relations sont à des degrés divers de connaissance, de familiarité, de confiance. Certaines sont « actionnables » (pour le bon projet), d’autres beaucoup moins.

Le meilleur conseil que je puisse donner, c’est de construire ton propre réseau. Et oui, ça prend du temps. Se faire membre actif de communautés peut certainement aider, mais cela se compte en mois, ou en années pour construire un réseau significatif.

La démarche peut démarrer sur les réseaux sociaux, mais c’est surtout quelque chose qui se joue dans la « vraie vie ». Le réseau le plus fiable, ce sont les gens avec qui on a déjà travaillé, avec qui on a traversé des nuits blanches à résoudre des problèmes.

Le succédané de cela, c’est la rencontre de « networking » : partager quelques petits fours, deux verres de bulles, à l’événement de tel cluster, meetup ou business club. C’est mieux que rien, ça permet de se faire une idée de ce que fait la personne en face, et de sa personnalité.

Ceci aurait tendance à favoriser les extravertis, évidemment.

Et pourtant, c’est à une disctinction plus fondamentale qu’invite le bouquin « Give & Take » (donner & recevoir) de Adam Grant, un fameux prof de la Wharton Business School.

Il invite à observer, lors de chaque interaction : « est-ce que nous essayons de prendre autant de valeur que nous le pouvons, ou alors essayons-nous de contribuer de la valeur sans souci de ce que l’on reçoit en retour ? »

Le premier comportement, de « taker », vient de gens plutôt calculateurs, qui réfléchissent toujours à leur propre intérêt.

Tandis que le « giver » lui, offre, se rend utile, rend service sans réfléchir à la contre-partie.

Entre les deux existe également le « matcher », qui rend,… mais uniquement en proportion de ce qu’il a reçu. Il mesure la réciprocité. Et ce l’attitude la plus répandue.

Au final, dit Adam Grant, c’est le giver qui s’en sortira le mieux. Il construira un réseau plus grand, une meilleure réputation, c’est lui que l’on viendra le trouver davantage, à qui on pensera plus souvent. Alors que le « taker » se retrouvera puni une fois que l’on aura compris ses traits.

Je t’invite donc à réfléchir, cher N., à ce que tu peux apporter à ce réseau que tu recherches.

Et à donner, d’abord. Le retour viendra à coup sûr, même sans l’avoir cherché.

R.