Digital Une contribution de Roald Sieberath, Multi-entrepreneur, startup coach et venture partner pour LeanSquare, et Professeur invité à l'UCL et à l'UNamur.

Cher D.,

Tu reviens régulièrement avec cette question : "Faut-il avoir fait l’unif pour entreprendre ?". Dans sa forme la plus simple, bien évidemment que la réponse est : "Non". Le monde est rempli d’entrepreneurs qui ne sont pas universitaires, une bonne proportion qui n’a même pas achevé le secondaire. En effet, l’unif n’est (initialement) pas "calibrée" pour former des entrepreneurs. Elle ne dispense pas de cours sur une série de qualités bien utiles pour un entrepreneur : elle n’apprend guère à vendre, à présenter, à mener des équipes. Ou alors on retrouve ces matières uniquement en fac de gestion, et encore, dans une version bien plus adaptée aux managers de grandes entreprises. Cela ne m’empêche pas d’aimer les universités. Et j’aime aussi les start-up rendues possibles par des recherches pointues, que l’on peut difficilement mener ailleurs. Pour prendre un exemple que j’affectionne : l’AI, l’Intelligence artificielle, gagnerait à se populariser en dehors des universités,… mais ces dernières restent le meilleur endroit pour faire progresser la compréhension fine et les avancées des algorithmes.

Sous un certain angle, l’université et son mode de pensée peuvent même s’avérer un frein à la démarche entrepreneuriale. L’université est très (trop) habituée à la pensée abstraite, la généralisation, alors que l’entrepreneur en démarrage est quelqu’un d’intensément concret, attaché à chaque cas particulier. L’universitaire aime réfléchir dans son bureau, son labo… jusqu’à trouver "la" bonne réponse. L’entrepreneur sait qu’aucun business plan ne résiste au contact avec un premier client, et passe du temps out of the building à rechercher les interactions avec ses clients potentiels, pour trouver le graal du product-market fit, cette adéquation du produit à la demande, clé majeure du succès. Un ingénieur de gestion sorti de Solvay me disait qu’il devait quasi "désapprendre" certaines certitudes venues de l’unif pour développer le regard curieux et adaptatif de l’entrepreneur.

Enfin, ces mondes ne sont pas étanches : d’un côté, on apprend de plus en plus à l’université les éléments de l’approche lean startup, et de l’autre, on trouve des non-universitaires qui deviennent pointus en AI en suivant des formations online. L’essentiel, c’est de ne pas se braquer sur les étiquettes (ou diplômes) et chercher les qualités de l’entrepreneur, qui sont essentiellement des qualités humaines, et non techniques.

R.