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Une contribution de Roald Sieberath, Multi-entrepreneur, startup coach et venture partner pour LeanSquare, et Professeur invité à l'UCL et à l'UNamur.

Chère P.,

Tu défends vaillamment le dossier d’investissement dans ta startup que tu présentes à un fonds d’investissement. Pour toi, investir est une évidence : ta boite VA marcher !

Pour te permettre de mieux comprendre pourquoi un investisseur (ou VC, Venture Capitalist) pourrait penser autrement, je vais te partager quelques éléments de ce que j’en ai compris. A noter que j’ai surtout pratiqué le venture capital jusqu’à présent du côté « receveur », en voyant de près (et en paraphant), des augmentations de capital pour un total de 18 M$.

Depuis quelques années, je participe au processus de décision chez LeanSquare, ce fonds d’amorçage public-privé qui vise la « new economy », et je me forme par ailleurs auprès de Kauffman Fellows (KF), un programme américain où je côtoye le style « Silicon Valley » (inspirant...mais difficile à transposer).

Il y a de grandes différences entre l’Europe et les USA dans ces domaines, de culture, de montant, de « rôdage » des entrepreneurs, bien entendu. Mais aussi de nombreux points communs et lignes de fond dans la logique d’investissement.

On remarque déjà que les américains parlent de « capital d’aventure » (venture capital), là où nous parlons de « capital risque ». C’est un point assez clair : lancer une startup est risqué pour l’entrepreneur (en particulier son « coût d’opportunité », ce qu’il gagnerait en poursuivant une autre voie), mais ça l’est aussi financièrement pour l’investisseur.

L’investisseur dans une startup sait que le risque est présent. Les statistiques (américaines) sont de 8 échecs sur 10, 1 startup qui « vivote », et 1 qui devient un succès, permettant au VC de recouper sa mise initiale.

Chez nous, on a sans doute beaucoup plus d’entreprises qui vivent, ou survivent, sans vraiment de perspective de croissance, et qui restent sous les 10 employés.

L’investisseur lui, peut être patient, mais souhaite tout de même pouvoir vendre ses parts (avec un retour significatif) après 7 ou 10 ans maximum.

Ce n’est pas la cupidité qui fait que cet actionnaire souhaite faire des « multiples » (x 2, x 5, x10, x20 sur son investissement), c’est surtout la nature très risquée de ce métier, et la nécessité d’éponger les autres dossiers perdus. Un investisseur à risque est dans une logique de « portfolio » : on investit dans 10 ou 20 startups, en espérant qu’elles réussissent toutes bien entendu, mais en étant conscient qu’une proportion risque de disparaître ou d’échouer. Le business angel (B.A.) a une logique similaire, mais investit généralement dans moins de dossiers (3 à 5), qu’il suit de très près ; une implication qui peut être rassurante… ou stressante pour l’entrepreneur.

L’investisseur (VC ou BA) cherchera toujours à se « dé-risquer » : diminuer le risque qu’il prend, en demandant des dossiers fouillés, des réponses à beaucoup de questions, des signes de « traction » (le marché montre son intérêt en achetant le produit).

Puis au final, trancher et décider : se lancer dans une aventure partagée. En étant prêt à partager ses risques et ses récompenses.

R.