Digital Roald Sieberath, Multi-entrepreneur, coach de start-up pour accélérateurs, dont LeanSquare.

Chère A-S.,

Depuis quelques mois, tu découvres les joies de la start-up, le plaisir de transformer les idées en réalité économique, les opportunités sans fin de “networking drinks”, et malgré les hauts et bas des “montagnes russes”, tu sembles adorer cette aventure.

Bien sûr, c’est parfois compliqué, tu découvres ainsi que les développeurs viennent de Mars, et les marketeurs de Vénus, et que tu dois rester les pieds bien sur Terre si tu veux les aider à se comprendre.

Mais bref, tu es tombée dans le marmite des start-ups, et malgré l’inconfort, tu aimes ce milieu chaleureux, plein de rêves et d’enthousiasme. Avec des variantes, des centaines d’entrepreneurs ont choisi cette voie pour le lifestyle qui y est (ou semble) associé : choisir sa voie, ne plus dépendre de l’arbitraire d’un patron (mais découvrir l’inconstance des clients), contribuer à sa petite mesure à changer le monde autour de soi.

Mais tu me parles de certains de tes investisseurs qui semblent attendre de toi une croissance à tous crins. On l’a déjà dit : les “business angels” ne sont pas juste à voir comme des personnages angéliques, descendus du ciel avec leur auréole et leur valise remplie de billets…

Certains, désormais préfèrent être investisseurs dans une “scale-up” plutôt que dans une start-up.
Mais qu’est-ce donc qu’une scale-up ?

Il s’agit d’un type de start-up, à la croissance hyper-rapide, que l’on regarde avec envie. Le requin, au pays des poissons-pilotes.

Alors que certaines start-ups mettent plusieurs années à passer d’une idée jusqu’à une micro-entreprise qui aura créé le job de son fondateur, et de tois-quatre autres personnes, la scale-up grandit de façon bien plus radicale : elle passe rapidement à une dizaine d’employés, et puis à plusieurs dizaines…

Alors que l’essentiel du marché, du monde politique, depuis quelques années, se plait enfin à louer les vertus des start-ups (voir les différents accélérateurs, le Startup Manifesto, etc.), certains acteurs clés sont déjà passé à l’étage suivant : celui (plus rare et exclusif) des scale-ups.

Un choix de politique économique

Ainsi Brad Feld (co-fondateur de TechStars et de FoundryGroup ) a viré sa cuti : en 2013 il choisit de se focaliser sur les scale-ups, même s’il reconnaît encore la valeurs des écosystèmes de start-ups pour en être le vivier.

Les politiques qui souhaitent créer des emplois feraient bien d’y regarder de plus près également : une étude asiatique montre que les scale-ups, si elles ne représentent que 14% des start-ups, représentent toutefois 77% des créations d’emploi ! En Belgique, ce serait 3% des start-ups, mais plus de 40% de la contribution aux nouveaux emplois créés.

Au Royaume-Uni, une étude récente montre que booster ces scale-ups de 1% permettrait de créer 238.000 jobs, et ajouter 38 milliards de livres sterling à l’économie britannique.

L’Europe s’en préoccupe également : c’est un des dadas de Alberto Onetti, un des animateurs du Startup Europe Partnership (SEP), et par ailleurs un “Scaleup Europe Manifesto” vient de sortir. En Europe, selon cet article de Tech.eu qui épluche l’étude de SEP, on compterait environ 1000 scale-ups (définies comme ayant levé entre 1M$ et 100M$).

Pour l’entrepreneur

Ce n’est pas si simple. Si on peut aisément se déclarer « start-up » en passant chez le notaire, on ne peut pas s’auto-proclamer « scale-up ». De plus, c’est extrêmement difficile à prédire, à foriori à provoquer…

On peut tout de même relever que certains critères sur le business model vont favoriser qu’une start-up puisse scaler mieux que d’autres :

  • une approche disruptive dans un marché demandeur ;
  • un mécanisme viral pour se répandre ;
  • pas (ou peu) de contraintes légales ou géographiques ;
  • une activité sur le web et mobile qui se prête bien aux techniques dites de « growth hacking » (on en reparlera) ;

Avec un peu (beaucoup) de chance, on pourrait même se retrouver dans la catégorie encore supérieure, l’uber-exclusif club des « licornes » (défini comme les start-ups ayant dépassé une valorisation de plus de 1 milliard de dollars).

Voilà donc ce que l’on pourrait te souhaiter, chère A-S.,… si toutefois c’est bien ton souhait.

La croissance à tous crins ne répond pas aux aspirations de tous : là aussi, il est bon que les entrepreneurs et leurs investisseurs aient une bonne compréhension des ambitions de chacun.

Avec mes meilleurs voeux de succès,

R.

roald@roald.com