Digital La start-up wallonne d’apprentissage en ligne a déjà séduit de grandes sociétés. Une levée de fonds importante se profile.

Kevin Tillier, 26 ans, a longtemps pratiqué le hockey sur glace, dont quelques années passées sur des patinoires canadiennes. Cela explique probablement un physique imposant. Il aurait pu en faire une profession. Le jeune Kevin, originaire de Ham-sur-Heure, a finalement opté pour des études de langues à l’Université de Valenciennes. Alors qu’il était encore étudiant, il est devenu professeur d’anglais. "En 2012, j’ai créé Click2Speak, un centre de langues à Tournai. Mais j’ai assez rapidement basculé vers une plateforme d’e-learning avec l’aide d’un jeune développeur."

Pour Kevin Tillier, ce basculement dans les "EdTech" - le terme qui désigne les start-up technologiques actives sur le terrain de l’éducation - marque le début d’une aventure qui est en train de prendre de l’ampleur.

Nous avions croisé le chemin de MySkillCamp, le nom donné à la jeune pousse tournaisienne, à la fin de 2016, à Paris. Kevin Tillier y était en phase de prospection. Avec un double objectif : tâter le terrain des grandes entreprises françaises et y lancer, dans le courant de 2017, la commercialisation de sa plateforme d’apprentissage en ligne. A l’époque, le jeune patron de MySkillCamp employait six personnes.

Solvay, Delhaize, Cora, UCB…

Sept mois plus tard, nous avons recroisé la route de Kevin Tillier, à Bruxelles cette fois. Et le moins qu’on puisse dire, c’est que MySkillCamp a fait du chemin ! "On a véritablement lancé la commercialisation de la plateforme en octobre 2016. On est passé de 6 à 13 collaborateurs. Et, depuis le mois de mars, on est à l’équilibre. On travaille aussi avec une société, Wikane, dans le cadre d’une prochaine levée de fonds", explique M. Tillier.

Après trois années d’efforts tous azimuts, l’équipe de MySkillCamp est enfin parvenue à décrocher des premiers contrats significatifs. En février dernier, c’était le groupe Solvay qui, au terme d’un appel d’offres, sélectionnait la start-up wallonne pour développer des modules de formation en ligne. En avril, Delhaize lui confiait la création d’une formation à un logiciel de gestion. En juin, le groupe Cora choisissait MySkillCamp pour la mise en œuvre d’un projet pilote. Un contrat a aussi été signé avec UCB Pharma et d’autres grands comptes, belges et français, sont dans le "pipe". "A ce jour, on a déjà signé des contrats pour un total de 500 000 euros. On devrait être à 1 million à la fin de 2017 (contre 100 000 euros en 2016, NdlR) ", se félicite M. Tillier.

Financer l’accélération

Le constat de départ de MySkillCamp est le suivant : les (grosses) entreprises n’ont plus le temps, ni souvent les budgets, d’envoyer des centaines d’employés se former à l’extérieur. La start-up a innové en bâtissant tout un écosystème où une entreprise peut créer ses propres "camps" de formation, interconnectés, tout en bénéficiant de services généraux et de "data" sur le suivi des personnes formées (données précieuses pour les responsables des ressources humaines). Les clients ont plusieurs options : intégrer leurs propres logiciels de formation, concevoir des modules en fonction de leurs besoins, ou encore accéder à une "marketplace" (qui compte déjà plus de 2 700 formations). "La souplesse est l’un des gros atouts de notre plateforme. On peut segmenter les ‘camps’ par entreprise, par site d’exploitation, par langue, etc., ce que nos concurrents ne font pas."

Désormais implanté à Londres et Paris, MySkillCamp est en pleine phase d’accélération. "On aimerait ouvrir un bureau à Anvers cette année pour répondre à la demande de clients flamands. En 2019, on pourrait aussi s’implanter au Canada", indique Kevin Tillier.

Cette expansion géographique, couplée à la nécessité de recruter et de mener des actions marketing, passera par une nouvelle levée de fonds dans les mois à venir. Plusieurs fonds d’investissement étudieraient actuellement le dossier. "Si elle se fait, ce sera une levée importante", se contente de dire, à ce stade, M.Tillier. En juin 2016, la start-up avait mené une première levée de 215 000 euros auprès de Wapinvest, CBC, Novalia et un "business angel". "Avant ça, j’avais déjà mis toutes mes économies dans le projet, soit 150 000 euros", précise Kevin Tillier, comme s’il avait voulu démontrer, d’entrée de jeu, qu’il croit dur comme fer à sa start-up.