Digital Le "One Hour Challenge" poursuit sa route. Avec de nouvelles ambitions.

Le début de l’aventure remonte déjà à septembre 2016. Deux années durant lesquelles environ 150 start-up ont défilé devant le jury - critique mais toujours bienveillant ! - du One Hour Challenge. Pour chacune d’elles, soixante minutes pour pitcher et être challengée par un coach-investisseur et un expert financier.

Ce samedi, nous ouvrons un nouveau chapitre de l’aventure. Avec quelques changements et de nouvelles ambitions. Avant tout, si le fonds d’investissement Leansquare est toujours bien de la partie (avec Ben Piquard et Roald Sieberath, les deux initiateurs du One Hour Challenge), nous accueillons un nouveau partenaire très connecté à l’innovation et à l’entrepreneuriat dans le domaine du numérique : Orange Belgium. Depuis l’année dernière, la filiale belge du géant français ouvre ses portes aux start-up et scale-up qui développent de nouveaux produits et services innovants dans des domaines tels que le big data, l’intelligence artificielle, l’Internet des objets, le contenu vidéo, etc.

Le One Hour Challenge profite de ce nouveau partenaire pour monter en puissance. Désormais, la sélection des start-up sera à la fois plus exigeante et plus ciblée. D’une part, nous allons mettre en évidence des jeunes pousses technologiques belges ayant déjà atteint un stade de maturité qui leur ouvre de belles perspectives de croissance. D’autre part, nous travaillerons autour de thématiques mensuelles, avec l’avantage de pouvoir présenter des solutions apportées par quatre start-up différentes.

Pour lancer ce One Hour Challenge "nouvelle formule", la thématique retenue est celle de la mobilité intelligente (smart mobility). Avec quatre start-up au menu : Nextmoov (lire ci-contre), Covevent, Communithings et Commuty.

C’est (re) parti !


Nextmoov

© MARIE RUSSILLO
Thomas Hermine est arrivé en transport en commun pour nous parler de Nextmoov. Le contraire eut été surprenant pour ce Liégeois de 28 ans, qui vit et travaille à Bruxelles (la start-up est basée chez BeCentral depuis un an). Non pas qu’il soit un anti-voiture ("Je viens de passer mon permis de conduire théorique", confesse-t-il d’ailleurs . "Le défi, ça va être de passer le pratique sans être propriétaire d’une voiture…"). Mais, depuis longtemps, cet entrepreneur "tech" autodidacte est fan des transports publics. Utilisateur assidu, mais aussi connaisseur puisqu’il a eu l’occasion d’exercer divers jobs pour le compte de plusieurs acteurs de la mobilité publique (2 mois à la SNCB, 3 à la Stib, 5 au groupe Tec,…). Et voir l’envers du décor, c’est précieux quand on veut améliorer l’expérience client.

Le parcours de Thomas Hermine et de ses deux associés, Margaux De Ré et Mathieu Delvaux, a démarré sur les chapeaux de roues. En 2012, le trio développe une application (Nextride). L’app, gratuite et open source, devient assez vite le "compagnon mobile" quotidien - via une offre large d’infos pratiques (retards, incidents,…) - de milliers de clients des Tec et de la Stib. "Nextride, qui fonctionne toujours, a connu un gros succès, avec 1 million de téléchargements et 200 000 utilisateurs réguliers." Il y avait juste un (gros) souci : le succès public de l’application ne s’est jamais accompagné d’un succès commercial.

En 2017, l’opportunité d’une collaboration avec la start-up Modalizy (lancée par Octa +) pousse la start-up à élargir son terrain de jeu. Nextride cède alors la place à Nextmoov. "On se positionne comme une agence digitale, avec l’objectif d’accompagner les acteurs de la mobilité, publics comme privés, vers une mobilité intelligente et durable", résume Thomas Hermine. Exemple : Cambio, le pionnier belge de la voiture partagée. Nextmoov lui a concocté une application mobile intégrant un module de paiement ; un mois après le lancement de l’app, Cambio battait son record d’inscription de nouveaux membres !

Plus récemment, Nextmoov a décroché un joli contrat dans le cadre du premier Smart Mobility Call lancé par les ministres fédéraux Alexander De Croo (Agenda numérique) et François Bellot (Mobilité). Sur les 15 projets sélectionnés (parmi 137 candidatures), Nextmoov se retrouve impliqué dans 2 ! L’un de ces projets va d’ailleurs ramener Thomas Hermine et son équipe vers ses premières amours, les transports publics et l’open source. Nextmoov a été choisie pour être l’unique fournisseur technique - dans le cadre d’un consortium composé par les quatre grands opérateurs publics (Tec, SNCB, Stib et De Lijn) - du premier planificateur d’itinéraire intermodal belge en temps réel.

Enfin !, serait-on tenté d’ajouter. Il est en effet assez inconcevable qu’en 2018, la Belgique ne dispose toujours pas d’un site et/ou d’une application mobile unique permettant à tout client des transports publics de s’informer sur ses déplacements (train, tram, bus, métro,…) sans devoir sauter d’un site ou d’une app à l’autre. Alors, si Nextmoov parvenait à transformer l’essai, on aurait fait un grand pas en avant en matière de mobilité intelligente.


Avis du coach Roald Sieberath (Leansquare)

© MARIE RUSSILLO
On rencontre rarement un entrepreneur qui insiste autant, dès le départ, sur l’ADN de son entreprise. Celui-ci est très réel : tous les collaborateurs sont des adeptes de la "mobilité de demain" (transports en commun, vélo, voitures partagées, etc.), qui est le cœur de métier de Nextmoov. Ça ne nous étonne guère quand on connaît Thomas Hermine depuis ses débuts comme entrepreneur : l’obstination sur l’application Nextride (née ProchainBus), utilisée par un usager des Tec sur 3 en Wallonie ! Énorme succès d’usage, mais difficile à convertir en réussite commerciale B2C, faute d’un business modèle adapté. Mais la compétence et la compréhension du marché que déploient Thomas Hermine et ses deux associés font de leur agence Nextmoov le partenaire digital de plusieurs projets de mobilité : Modalizy (la carte de crédit qui réinvente la mobilité), Cambio, ou, plus récemment, l’obtention du développement d’une plateforme d’intermodalité ouverte (lire ci-contre). La croissance est là et Nextmoov s’inscrit bien dans l’air du temps. Et, au vu de l’importance de la mobilité, le projet n’a certainement pas fini de grandir !

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Avis de l'expert Gert Pauwels (Orange Belgium)

© MARIE RUSSILLO
Nextmoov est l’une des pièces manquantes, dont nous avons besoin, pour construire de véritables plateformes "MaaS" ("Mobility-as-a-Service") dans un avenir proche. Pour des entreprises qui cherchent à recruter, le fait d’être localisées dans des villes encombrées comme Bruxelles ou Anvers devient un sérieux handicap. Par ailleurs, les intérêts peuvent diverger, avec des citadins qui sont en quête de multimodalité et d’autres qui veulent disposer de places de parking pour leur voiture. Aux Pays-Bas, des mesures anti-congestion ont été prises, de sorte qu’aujourd’hui, se rendre chez un client à La Haye prend moins de temps que de traverser la Belgique ! Si on envisage le futur de la mobilité en tant que service, des villes comme Copenhague et Stockholm sont inspirantes. À Copenhague, la plupart des femmes et hommes d’affaires traversent la ville à vélo. À Stockholm, il est possible, en tant que famille, d’acheter un "abonnement à la mobilité" - combinant tous les moyens de transport - pour un mois entier avec la promesse de pouvoir se rendre d’un point A à un point B. Dans ce contexte, tous les efforts déployés par les Nextmoov de ce monde ne feront qu’aider à construire cette "mobilité comme un service".

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