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Avec l’Internet des objets, on a droit à des projections toujours plus spectaculaires, comme le montre notre rendez-vous "One Hour Challenge".

Au même titre que d’autres révolutions technologiques (téléphonie mobile, Internet, Intelligence Artificielle,…), l’Internet des objets (IoT) suscite son lot de prévisions, de mythes et de craintes. Rien de plus normal dès lors qu’on évolue dans un nouvel univers. On le voit aujourd’hui très bien avec l’IA. Selon votre interlocuteur, on vous dira que c’est la meilleure ou la pire des innovations technologiques. C’est à l’épreuve des faits qu’on peut seulement se faire une idée plus précise du processus de "destruction créatrice" propre à toute révolution technologique.

Avec l’Internet des objets, on a surtout eu droit, ces dernières années, à une compétition consistant, pour les cabinets d’études et d’analyses de marché, à évaluer le nombre d’objets connectés dans le futur. Actuellement, on estime qu’il existe près de 9 milliards d’objets connectés dans le monde. Soit plus d’un par habitant… Et la croissance est exponentielle. D’après l’institut Gartner, on devrait atteindre la barre des 20 milliards en 2020 ! La valeur du marché de l’Internet des objets pèserait, lui, la coquette somme de 250 milliards d’euros, si on en croit le Boston Consulting Group.

Vous en voulez encore ? D’après une estimation du cabinet de conseil ABI Research (répercutée par le site spécialisé Actutem), le volume de données saisies par des capteurs et fournies par les équipements industriels devrait dépasser les 78 milliards de Go, 78 exaoctets, d’ici 2020. Et, selon Strategy Analytics, trois principaux secteurs industriels se partagent déjà près de la moitié du marché de l’IoT : la transformation de matières premières, la sécurité et l’énergie.

On pourrait encore continuer longtemps comme ça… Ce ne sont que des projections. Mais une chose est sûre : à moyen terme, les objets vont devenir toujours plus intelligents et être la source de… milliards de données.


PaSha

© PAPEGNIES OLIVIER
PaSha, quel drôle de nom pour une start-up ! Sachez toutefois qu’il ne s’agit pas d’une fantaisie d’un copywriter d’agence de pub (métier qu’a exercé Pierre Van Nieuwenhove, la tête pensante de PaSha). PaSha est en fait l’acronyme de Parking Sharing… Mais encore ?

Avec ce projet initié et porté par Pierre Van Nieuwenhove et Salvatore Arrigo (ingénieur en électromécanique), nous sommes à mi-chemin entre les deux thématiques traitées, ces dernières semaines, par le One Hour Challenge : Smart Mobility et Internet of Things (IoT). L’aspect mobilité concerne la difficulté croissante de trouver une place de parking, en voirie, dans les centres urbains. Un conducteur passerait, en moyenne, 15 minutes à trouver une place (ce qui n’est évidemment pas neutre en termes de pollution). Certains chiffres font également état du fait qu’à Bruxelles, environ 30 % des embouteillages seraient dus aux personnes qui "tournent" pour trouver une place où parquer leur véhicule.

Dans le panel des solutions de smart parking apparues ces derniers temps, celle de PaSha ne manque pas d’originalité. "On apporte une solution unique à la problématique du parking en milieu urbain. À notre connaissance, elle n’existe encore nulle part ailleurs", explique Pierre Van Nieuwenhove. PaSha ne vise pas à accroître le nombre de places de parking en ville, mais de mieux utiliser les espaces disponibles.

La solution de PaSha ? Permettre aux conducteurs de se garer devant les garages de particuliers. La start-up a développé un dispositif - composé d’un hardware (signalétique) et d’un software (plateforme et application mobile) - qui permet de mettre en contact conducteurs et propriétaires de garages "pour que ça se passe toujours bien". On estime que 50 000 garages privés sont disponibles en Région bruxelloise.

Pour mettre au point sa solution, MM. Van Nieuwenhove et Arrigo ont d’abord dû résoudre un obstacle légal. Pour se garer devant un garage, le Code de la route impose en effet que le numéro de la plaque d’immatriculation soit affiché sur la porte de garage.

C’est pour sauter cet obstacle que PaSha a conçu une signalétique connectée (via Bluetooth ou 2G pour l’instant). L’objet de taille modeste, que le propriétaire doit apposer sur la porte de son garage, est équipé d’une puce qui permet à tout conducteur d’interagir via l’application mobile. Le mode d’emploi, assez simple, est disponible sur le site de PaSha.

Pour les propriétaires de garages, le principal avantage est de pouvoir rentabiliser des espaces qu’ils n’utilisent pas à plein. "Les propriétaires vont gagner entre 500 et 1000 euros par an. Tout dépendra du taux d’occupation, de la zone, du moment de la journée, etc.", expliquent les deux entrepreneurs. Pour les conducteurs, l’avantage est triple : gain de temps, diversité géographique de places de parking et immédiateté (usage en temps réel). Le prix du service PaSha varie entre 0,80 et 2,50 euros/heure en fonction de la zone.

Notons enfin que PaSha vient de lancer une campagne de crowdfunding sur Spreds. L’objectif est de pouvoir démarrer le service au début 2019.


Avis du coach Roald Sieberath (Leansquare)

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PaSha s’attaque à un vrai problème de mobilité : celui de nos villes encombrées, où un quart du temps de trafic serait passé… à chercher une place. Chaque conducteur l’a vécu et sait à quel point cette problématique (pain) est réelle. La philosophie de la solution a beaucoup de sens également : rendre utilisables les places "réservées" devant les entrées de garages. Leur approche est originale : un affichage (en technologie "eInk") piloté par une application mobile de réservation, qui légitime que c’est bien vous qui avez le droit de vous garer devant l’emplacement en question. On compte sur la police pour sanctionner le respect ou non de ces plaques. Il n’en reste pas moins que cette approche hardware est plus coûteuse qu’une solution purement logicielle, et ce, pour un effet dissuasif qui n’est pas encore prouvé. D’autres questions juridiques et logistiques doivent être réglées, commune par commune (par exemple, une taxe de parking est due sur cette place nouvellement créée). D’ailleurs, PaSha n’a pas de mal à le reconnaître : ils sont au début du projet et certains paramètres sont encore à valider, en bonne approche lean startup. De ce point de vue, leur lien avec le studio Make It est sans doute un atout.

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Avis de l'expert Grégory Baye (Orange Belgium)

© PAPEGNIES OLIVIER
Qui n’a jamais rêvé de se garer devant une entrée de garage alors qu’il tournait désespérément à la recherche d’une place de parking ? C’est cette solution que PaSha à Bruxelles. Une idée plus que louable dans notre recherche continuelle de mobilité intelligente ! Cet "Airbnb du parking" se limite, pour le moment, aux places disponibles sur la voie publique ; cela signifie que, comme les autres usagers, il convient de payer le prix des horodateurs quand la commune le requiert. Le propriétaire de la place ne loue pas l’emplacement, mais il loue la signalétique affichant la plaque minéralogique du conducteur à la recherche d’une place de parking. La connectivité entre la signalétique et l’application se fait actuellement en BLE (Bluetooth Low Energy), forçant donc le client à réserver sa place en étant à 2-3 mètres de celle-ci. On s’attendrait, ultérieurement, à une évolution utilisant les réseaux Low Power, tels que NB-IoT ou LTE-M d’Orange, au travers d’un service cloud… Voire même de le confier aux communes pour optimiser leurs espaces de parking. On pourrait même combiner ce service à l’application Coyote, déjà utilisée par 16 % de nos clients, afin de rendre la conduite encore plus tranquille !

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