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Souvenir d’une rencontre avec Kevin Ashton. Ou comment connecter le monde réel au Net.

Après avoir entamé la nouvelle formule du One Hour Challenge sur le terrain de la "mobilité intelligente", nous abordons, ce samedi, une nouvelle thématique très en vogue dans l’univers des start-up : l’Internet des Objets (Internet of Things).

L’IoT n’est pas le sujet le plus simple à expliquer. L’expérience consistant à se mettre à table avec les experts d’Orange Belgium (pionniers en matière de ce qu’on a longtemps appelé le "M2M", ou machine to machine, en Belgique), les entendre discuter avec un entrepreneur-informaticien tel que Frédéric Jourdain, cofondateur de Thingsplay (lire ci-contre), est l’assurance de se perdre dans des arcanes techniques et ne plus rien comprendre à l’IoT.

Voici trois ans, nous avions rencontré, lors d’une conférence organisée à Liège par la SRIW, Kevin Ashton. Ce nom ne vous dit certainement rien du tout… Pourtant, ce Britannique exilé à Austin, Texas, est considéré comme le père du concept d’Internet des objets. Alors qu’il travaillait chez Procter&Gamble, Kevin Ashton commença à s’intéresser aux "objets connectés" via la technologie RFID (méthode pour mémoriser et récupérer des données à distance en utilisant des marqueurs appelés "radio-étiquettes"). En 1999, il rejoignit le Massachusetts Institute of Technology (MIT) pour fonder, avec d’autres, le centre de recherche Auto-ID. C’est à cette époque qu’il développa le concept d’Internet of Things.

Alors qu’on lui demandait en quoi l’IoT pouvait être une technologie pertinente et efficace à notre époque, Kevin Ashton avait eu cette réponse : "Au XXe siècle, l’ordinateur faisait en gros ce qu’on lui demandait de faire via un clavier. Aujourd’hui, pour la première fois, il est devenu possible de capter des informations de façon automatique".

Nous en reparlerons, plus en détail, au cours des trois prochaines semaines.


Thingsplay

© Olivier Papegnies
Avec Frédéric Jourdain et Georges Luel, qui ont créé la start-up namuroise Thingsplay en 2014, on a deux as de l’informatique. Le premier a déjà plusieurs entreprises à son actif, dont la société de services Vision Informatique (devenue Vision IT Group en 2001 et dont il est parti en 2008 lors de l’entrée en Bourse). Il a aussi dirigé l’Infopôle Cluster TIC, un groupement d’entreprises wallonnes consacré aux nouvelles technologies. "Nous venons tous les deux du monde de l’industrie et de la visualisation de données, explique Frédéric Jourdain. C’est un domaine où les outils qui permettent d’échanger des données entre différents partenaires sont le nerf de la guerre. Souvent, ces partenaires utilisent des protocoles de communication différents. Il faut alors créer des passerelles pour échanger les données."

C’est ce besoin qui va conduire MM. Jourdain et Luel à créer Thingsplay et à développer une plateforme ouverte de consolidation et de connexion de données industrielles. Sans entrer dans les détails techniques, les deux entrepreneurs font le choix, en 2014, de la technologie MQTT. Bien vu puisque ce protocole est devenu un standard pour l’Internet of Things ! On se situe clairement dans l’IoT industriel.

Thingsplay s’est donné pour mission de mettre à disposition des industries des outils technologiques dans le cadre de l’IoT. Après plusieurs années de recherches, la jeune pousse a développé des solutions et une plateforme informatique de gestion des appareils connectés. Cette plateforme est capable de travailler en temps réel et de traiter des grandes quantités de données (plus de 1 million de data par seconde).

Dans son panel de services, Thingsplay prend en charge la gestion, le transport, la sécurisation et le traitement de données industrielles récoltées grâce à des capteurs. La plateforme de gestion intègre aussi les outils de suivi et de gestion d’appareils connectés. Pour reprendre la formule de Frédéric Jourdain, c’est une plateforme "ready to use" pour l’Internet des objets industriel.

Après avoir multiplié les prototypages, Thingsplay a pris la décision, en 2017, de cibler trois segments de marché : industrie (avec des clients comme Veolia ou Stûv, un cas très innovant évoqué ci-contre par Roald Sieberath), logistique (dispositifs de tracking) et villes/bâtiments intelligents (gestion des déchets, par exemple). Pour connecter les objets, Thingsplay recourt, en Belgique, au réseau NB-IoT déployé par Orange Belgium.

"Aujourd’hui, nous faisons face à trois challenges, souligne M. Jourdain. Passer des idées à l’industrialisation (produire en série), scaler la production et monter notre niveau d’exploitation des données." Des premiers contrats permettent déjà de générer des revenus (autour des 400 000 euros en 2018). Pour accélérer la production et la commercialisation de sa plateforme et de ses produits, Thingsplay prépare actuellement une deuxième levée de fonds (la start-up avait levé 250 000 euros auprès de business angels et de NamurInvest fin 2015). "Nous cherchons 300 000 euros", conclut M. Jourdain.


Avis du coach Roald Sieberath (Leansquare)

© MARIE RUSSILLO
C’est la nouvelle grande vague de l’Internet : le fameux "Internet des Objets", qui va connecter des milliards d’appareils, depuis la cafetière jusqu’aux fenêtres, pour des myriades d’applications encore à inventer. Frédéric Jourdain, jeune "vétéran" de l’informatique, s’y est plongé ces dernières années. Depuis, il a eu l’occasion de tout tester, ou presque : protocoles, appareils, hardware, software, applications,…, lors de multiples PoC (Proof-of-Concept) pour des clients très variés. À présent, la société et le marché entrent dans une phase de maturité, élaguent les PoC qui ne se sont pas transformés en contrats récurrents, et misent sur quelques produits forts. Leur réalisation pour le poêle à pellets P-10 de Stûv est emblématique : une électronique qui mesure et optimise la combustion, en fonction de la température de l’air, mais surtout qui communique, d’un côté, avec l’utilisateur (sur son smartphone), de l’autre, dans le cloud avec le fabricant, pour optimiser la maintenance et permettre des upgrades (oui, la combustion de votre poêle peut être améliorée à distance !). Par sa maîtrise technologique et son expérience, Thingsplay se profile comme un potentiel leader de ce marché naissant et prometteur.
© IPM


Avis de l'expert Peter Raeymaekers (Orange Belgium)

© Olivier Papegnies
Thingsplay, l’un des trois gagnants de la deuxième saison de l’Orange Fab, a mis au point un dispositif Internet of things (IoT) multicapteurs générique pouvant être utilisé dans de nombreux cas de figure. L’un des atouts du dispositif est de permettre des délais de développement de périphériques beaucoup plus courts dès lors qu’une nouvelle opportunité apparaît. Il est par ailleurs configuré pour l’industrie, préintégré dans la plateforme IoT de Thingsplay et proposé à un prix concurrentiel. Il peut aussi être facilement adapté à différentes technologies d’accès (y compris les technologies NB-IoT et LTE-M cellulaires développées chez Orange).

Le dispositif Thingsplay est déjà utilisé en Wallonie pour le déploiement commercial d’une solution de gestion des déchets pour Fostplus. Grâce à cette solution, qui fonctionne sur le réseau NB-IoT d’Orange Belgium, la collecte des déchets a été rendue beaucoup plus efficace.

En termes de modèle d’affaires, Thingsplay vise le B2B, ce qui lui garantit a priori des volumes importants.

Enfin, la start-up namuroise peut déjà faire valoir des use cases précis et réels.

© IPM


© LLB