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Dans un savant exercice de prospective dont elle a le secret, l'édition de février de la `Technology Rewiew´, la très pointue publication du prestigieux Massachusetts Institute of Technology (MIT), pointe dix technologies émergentes qui pourraient bien changer la face du monde. Dix axes de recherches dégagés en puisant largement - pour huit d'entre elles - dans le vivier de la recherche américaine. Décryptage.

1. Tissu injectable (Université Johns Hopkins, Baltimore). Les implants utilisés de nos jours en chirurgie sont souvent difficilement acceptés en raison de leur nature artificielle. Une alternative consisterait à injecter des joints avec des mixtures spécialement conçues de polymères, de cellules et de stimulateurs de croissance, qui solidifient et forment du tissu neuf. Contrairement aux greffes de tissus vivants cultivés en laboratoire, cette technique de systèmes injectables surtout axées sur les cartilages et les os pourrait même être étendue à des tissus comme le foie et le coeur. Ce qui permettrait de remplacer des portions d'un organe malade ou d'en améliorer le fonctionnement.

2. Nanocellule solaire (Université de Californie, Berkeley). Les cellules photovoltaïques, qui permettent de transformer l'énergie solaire en électricité restent très coûteuses. Elles dépendent de la production de plaquettes de silicone, selon exactement le même procédé que pour fabriquer les puces d'ordinateur. La nanotechnologie offre une voie pour produire, à bas prix, un matériau photovoltaïque qui peut être pulvérisé tel un emballage ou une peinture plastique. Ce matériau flexible est obtenu en ajoutant à un polymère conducteur des `nanorods´, des cristaux inorganiques semiconducteurs en forme de bâtonnets mesurant 60 nanomètres (millionièmes de millimètre) sur 7. D'ici trois ans, son efficacité devrait être identique à celle des cellules solaires à base de silicone.

3. Cryptographie quantique (Université de Genève, Suisse). La plupart des cryptographes élaborent des codes sophistiqués qui tiennent la route parce que les ordinateurs ne sont pas encore suffisamment puissants pour les `casser´ rapidement. D'où l'idée d'une clé de cryptage qui serait confiée à une entité indivisible, le photon. À cette échelle, la clé de codage, qui permet à un émetteur et un récepteur d'un message crypté de communiquer, ne peut pas être interceptée par une tierce personne sans que ceux-ci en soient aussitôt avertis. Dans un système quantique, toute tentative d'observer ou d'interférer avec le système l'altère.

4. Systèmes `mécatroniques´ (Université des technologies de Darmstadt, Allemagne). La recherche automobile est tournée vers les systèmes mécatroniques, qui combinent des systèmes mécaniques familiers avec de nouveaux composants électroniques et des logiciels intelligents. Dans le domaine des freins, des actionneurs électromécaniques remplaceront d'ici cinq à dix ans les cylindres hydrauliques, des câbles remplaceront les conduits de liquides de frein et des logiciels interviendront entre le pied du conducteur et l'action qui freine la voiture. Avec, comme garants de la sécurité, des procédures capables d'identifier et de corriger toute anomalie en temps réel.

5. Réseaux grilles. (Université de Californie du Sud). Que de chemin parcouru depuis les premiers protocoles Internet qui permettaient de connecter entre eux deux ordinateurs quels qu'ils soient. Aujourd'hui, des protocoles émergents rapides, dits `grilles´, permettent de lier à peu près n'importe quoi: des bases de données, des outils de simulation et visualisation, et même la puissance de calcul des ordinateurs eux-mêmes. Ces protocoles grilles fourniront à terme à tout ordinateur, professionnel comme domestique, des mécanismes standards de recherche et d'accès à toute ressource en ligne. Le concept fonctionne déjà en mettant en réseau les ressources de PC non utilisés.

6. Imagerie moléculaire (Massachusetts General Hospital). L'expression désigne l'ensemble des techniques d'imagerie, optiques, magnétiques et nucléaires, qui permettent de visualiser les gènes, les protéines et les autres molécules à l'oeuvre dans le corps. Combinée aux progrès de la biologie cellulaire, des traceurs biochimiques et de l'analyse informatique, elle devrait aider à mieux cerner les interactions moléculaires qui sous-tendent les processus biologiques. Et notamment mener à une détection anticipative (et efficace) des affections humaines, notamment des tumeurs cancéreuses.

7. Lithographie par nanoimpression (Université de Princeton). Actuellement, les outils qui servent à la fabrication de masse des puces en silicone sont trop peu précis pour la nanofabrication. Par ailleurs, les méthodes spécialisées des laboratoires sont trop chères et trop lentes pour être pratiques. La parade pourrait venir d'un mécanisme à peine plus sophistiqué qu'une presse d'imprimerie. En estampillant un matériau ductile à l'aide d'une matrice dure, ce mécanisme peut fidèlement reproduire des caractéristiques d'une taille inférieure à 10 nanomètres. La technique fonctionne dans le silicone et le métal.

8. Assurance logicielle (Massachusetts Institute of Technology). Si les conséquences d'un plantage informatique sont généralement, elles peuvent être désastreuses dans le cas de systèmes gérant le trafic aérien ou des équipements médicaux. Un nouveau langage de programmation assorti d'outils adaptés pourrait rendre le développement de logiciels plus rigoureux de sorte à éliminer tout risque d'erreur. C'est le concept d'abstraction selon lequel chaque programme débute par une sorte de résumé de ses objectifs puis se poursuit par la description des procédures mises en oeuvre pour les atteindre. Ces dernières ne pouvant en aucun cas contrevenir aux premiers.

9. Glycomics (Scripps Research Institute, Californie). Le corps humain fabrique des milliers de sucres. Autant de raisons pour s'intéresser à ces substances vitales qui jouent un rôle important dans la détermination et la stabilisation la fonction des protéines. L'objet de ce champ de recherche appelé `glycomics´ consiste à comprendre et à `apprivoiser´ les sucres. Le but est de développer de nouveaux médicaments qui pourraient soigner diverses affections, de l'arthrite rhumatoïde aux cellules cancéreuses.

10. Réseaux de capteurs sans fil (Université de Californie, Berkeley). Il s'agit de petits systèmes de contrôle sans fil pas plus grands que leur source d'énergie (deux piles crayon) et composés d'un processeur, d'une minuscule quantité de mémoire, de capteurs et d'un émetteur récepteur radio juste assez puissant pour se passer l'information l'un l'autre. Ces réseaux observeront à peu près tout: le trafic, le temps, l'activité sismique, le mouvement des troupes sur le champ de bataille, les contraintes sur les ponts et les immeubles... le tout bien plus finement que jamais auparavant.

Pour en savoir plus, consulter le site Webhttp://www.technologyreview.com

© La Libre Belgique 2003