Digital Le portail italien de Wikipedia a bloqué aujourd'hui l'intégralité de ses pages. En cause, la directive européenne sur le droit d'auteur qui sera votée jeudi au Parlement européen.

L'encyclopédie en ligne a décidé de fermer ses portes comme une forme de protestation contre la directive européenne votée le 20 juin par la Commission des affaires juridiques. Le texte, selon Wikipedia, menace la libre circulation des informations sur Internet à travers des mesures restrictives sur le contenu. La directive, qui sera soumise ce jeudi 5 juillet à un vote du Parlement européen, vise officiellement à protéger le droit d'auteur et les créateurs de contenus, en leur garantissant une réutilisation et une rediffusion des contenus plus équitable.

Pour ses détracteurs, la directive limite la liberté d'information et de circulation des contenus et risque, comme Wikipedia le déclare, de mener à une situation où "il sera peut-être impossible de partager un article de journal sur les réseaux sociaux ou de le trouver sur un moteur de recherche. Wikipedia elle-même risquerait de fermer".

A l'appel de Wikipédia se joignent également 70 informaticiens, 169 académiciens, et 145 organismes européens actifs dans les domaines des start-up ou de la liberté de la presse à travers une

. A travers ces actions, ils demandent aux eurodéputés de voter contre le texte. La page Wikipedia a même crée un onglet pour prendre contact avec les députés.

© Wikipedia Italie

Mais que prévoit le texte?

Concrètement, il s'agit d'une directive, soit d'une norme européenne qui est transposée et adaptée dans la législation de chaque pays membre avant d’être appliquée. Bien avant que les pays soient à ce stade, la directive est critiquée sur tous les fronts, notamment par les membres du Parti Pirate (PPEU). Une de ses membres, Julia Reda, mène une campagne percutante depuis le premier vote en commission le 20 juin et invite les internautes à signer une pétition sur Change.org.


La proposition, existante depuis 2016, est critiquée notamment à cause des articles 11 et 13. Selon l'article 11, un fournisseur de contenu -comme Wikipedia, Google ou Facebook- voulant reproduire un contenu journalistique doit obtenir l'autorisation préalable de son éditeur pour le faire. Si officiellement cela voudrait protéger les auteurs, le texte, selon ses détracteurs, cite simplement le droit des éditeurs. Julia Reda argumente qu'alors la directive ne créé pas un vrai copyright qui protège l'auteur et sa créativité, mais qu'elle instaure plutôt un droit voisin de celui de la presse qui avantage l'éditeur. 

Si l'article entre en vigueur, les liens ne pourront pas être partagés sans la permission de l'éditeur en question. La Commission, pour éviter un tel dérapage, a alors introduit deux amendements, relatifs à l'utilisation privée de ces liens et introduisant comme exception les fameux liens hypertexte. 

Mais cela ne suffit pas, selon Julia Reda: si le partage des articles se fait à des fins privées, pour exprimer sa libre opinion, cela se fait souvent sur des plateformes qui ont un but commercial. Comme les réseaux sociaux, par exemple. Les plateformes devraient alors soit bloquer la publication des contenus, soit elles seraient obligées d'obtenir les accords de milliards de sources différentes. L'exception sur les hyperliens, quant à elle, permet de citer un texte seulement avec le lien direct vers le contenu original. Citer un article sans y renvoyer directement pourrait devenir une faute. 


L'article 13, où la disparition des vidéos et des gifs 

S'il entrait en vigueur, l'article 13, autre aspect durement contesté, obligerait les hébergeurs à créer un système de filtres pour protéger les créateurs de contenus. Alors, des sites comme Youtube, mais aussi Google, Facebook, etc., devront signer des accords avec les auteurs pour autoriser cette diffusion. Là où aucun accord n'est signé, le filtre agirait pour bloquer la vidéo ou l'image concernée. Le fournisseur de contenu se trouve donc chargé d'une responsabilité énorme et la norme risque de restreindre et limiter la libre circulation de contenus. Concrètement, les photos, les vidéos seraient immédiatement bloquées, faute d'un accord existant. 

A une exception près : le texte prévoit une exemption pour les "services en ligne qui offrent l'accès à des œuvres créatives et culturelles et [qui] offrent de grandes opportunités aux industries culturelles et créatives de développer de nouveaux modèles économiques". Dans ce cas, Youtube, mais aussi d'autres plateformes qui ne respectent pas le droit d'auteur, seraient obligées de "censurer" les contenus.

En l'attente du vote, l'Italie prolonge son blocage

Ce jeudi 5 juillet, le Parlement sera donc appelé à voter, mais une véritable entrée en vigueur de la directive reste encore loin. Entre-temps, jusqu'à jeudi, Wikipédia Italie va garder son site fermé, comme le rapportait le quotidien italien Il Sole 24 Ore. La mobilisation fait pour l'instant beaucoup de bruit sur les réseaux sociaux, et non seulement en Italie.