Digital Fiscalité, travail, accès aux données… Les pistes de réformes sont nombreuses. Et très concrètes.

Quelles mesures économiques pourrait-on proposer pour adapter et préparer la société à l’évolution technologique et à la digitalisation ?

La question est vaste. Complexe. Multiple. Tant la numérisation de l’économie bouleverse la société à une vitesse hallucinante, peut-être à un rythme sans précédent dans l’histoire des innovations technologiques.

Le pari de répondre à cette question, sept économistes francophones - Micael Castanheira, Etienne de Callataÿ, Philippe Defeyt, Alexandre de Streel, Olivier Lefebvre, Luc Leruth et Pierre Pestieau - l’ont relevé dans le cadre des travaux de l’Economic Prospective Club (EPC). Ce club d’économistes francophones se penche chaque année sur une thématique différente et, au terme d’une réflexion animée par notre consœur Isabelle de Laminne propose, aux acteurs du monde économique mais aussi politique, un certain nombre de pistes de réformes. Un exercice d’autant plus intéressant qu’en dégageant un consensus parmi des économistes aux différents parcours et sensibilités, il va permettre ensuite de nourrir le débat public.

Après avoir analysé, lors des éditions précédentes, les recettes de l’Etat, puis ses dépenses, le pouvoir d’achat des Belges et l’année dernière l’économie collaborative, c’est donc la question de la numérisation de l’économie qui a été au cœur des réflexions de ces professionnels de la chose économique. "Avec cette révolution numérique, le monde change à une vitesse incroyable. L’objectif de ce groupe de réflexion a été de proposer des mesures économiques, fiscales ou liées au marché du travail susceptibles de stimuler notre économie dans ce contexte d’innovation, tout en ne laissant pas une partie de la population sur le bord du chemin et tout en évitant un surcroît de régulation qui freinerait ces réformes", explique la journaliste Isabelle de Laminne qui a animé, durant de longues heures, les échanges d’idées entre économistes avant d’en faire une synthèse, fruit de cette réflexion commune.

Et c’est vrai que le chantier est encore énorme dans notre pays. Car si de plus en plus d’acteurs économiques mais aussi le monde politique semblent avoir pris conscience de l’ampleur de la révolution numérique en cours, la Belgique 2.0 n’est pas encore une réalité. Un chiffre rendu public cette semaine dans les colonnes de "La Libre" le confirme : selon une étude réalisée par Koen De Leus, économiste en chef de BNP Paribas Fortis, un tiers des entreprises belges cotées ne sont pas encore préparées au virage numérique. On parle bien ici des grandes entreprises, celles du Bel 20 et quelques autres qui animent tous les jours le marché boursier belge. Des entreprises qui en principe, contrairement aux PME, ont les moyens humains, financiers et technologiques pour anticiper ces changements majeurs. Et pourtant donc, une entreprise sur trois n’est pas encore prête. Mais alors, que faudrait-il faire ? Quelles réformes faudrait-il lancer sans tarder ? Quid de la formation, enjeu central ? Et de la fiscalité ? Faut-il craindre un chômage de masse et le déclassement d’une partie grandissante de la population ? L’humain restera-t-il demain au cœur de l’innovation ? La gestion des données privées par les grandes entreprises ne doit-elle pas devenir l’affaire de tous ?

Autant d’enjeux et de questions sensibles auxquels ont tenté de répondre ces économistes francophones en formulant des pistes très concrètes. Un exercice de haute voltige d’autant qu’ils sont eux aussi les spectateurs de ces grands changements qui rabattent toutes les cartes.


Autour de trois thèmes

L’Economic Prospective Club (EPC) s’est attaché à répondre à la question des mesures économiques à prendre pour adapter et préparer la société à l’évolution technologique et à la digitalisation. Ce travail s’articule autour de trois sujets de réflexion : l’impact sur l’emploi, la fiscalité et la gouvernance à travers la gestion des données et la régulation. Chaque sujet est développé sur base d’un état des lieux de la situation, des thèmes de réflexion retenus par les économistes, pour ensuite présenter leurs propositions concrètes. Le document complet "Pistes et éclairages économiques - Pour une transition technologique cohérente et équitable" par l’EPC est disponible en libre accès sur le blog MoneyStore.


Les intervenants

Micael Castanheira est directeur de recherche au FNRS et professeur à l’ULB (Solvay). Sa recherche porte principalement sur l’économie politique des décisions de groupe et des interactions entre entités publiques et privées. Il est également membre du conseil scientifique de l’Observatoire des prix et de la Banque nationale de Belgique (comptes nationaux).

Etienne de Callataÿ est Chief economist et président d’Orcadia Asset Management. Il est également chargé de cours invité à l’Université de Namur. Il est président de la Société royale d’économie politique de Belgique et du Centre d’étude et de recherche universitaire de Namur. Il est membre du Conseil académique des pensions.

Philippe Defeyt est président et cofondateur de l’Institut pour un développement durable. Il a été président du CPAS de Namur. Il est vice-président de l’UCL et l’auteur de nombreuses publications (sur les prix, revenus, logement, pauvreté, protection sociale, emploi…). Ses thèmes de prédilection actuels sont le vieillissement socio-démographique, le développement durable et le revenu de base.

Alexandre de Streel est professeur à l’Université de Namur et directeur du Centre de recherche information, Droit et société (Crids-Nadi). Il est également codirecteur académique du Center for regulation in Europe (Cerre), assesseur à l’autorité belge de concurrence, chercheur invité à l’Institut européen d’administration publique et membre du comité scientifique de l’Ecole de la régulation à l’Institut universitaire européen.

Olivier Lefebvre est docteur en économie et administrateur indépendant dans diverses entreprises et institutions. Il a enseigné à l’UCL et à l’UNamur. En 2000, il a été un des fondateurs d’Euronext, et jusqu’en 2007, a coordonné l’intégration transfrontalière des aspects réglementaires et de "post-trade".

Luc Leruth est économiste au FMI, professeur honoraire à l’Université d’Essex (UK). Après avoir travaillé en Inde et à Manille, il a rejoint le FMI à Washington. Il a été professeur à l’ULg et membre du Core (UCL). Il est l’auteur de nombreuses publications scientifiques ainsi que de trois romans dont deux romans publiés chez Gallimard, "La quatrième note" et "La machine magique".

Pierre Pestieau est membre du Core et membre associé du PSE. Il a enseigné à l’Université de Cornell (USA), et a été professeur d’économie à l’Université de Liège dont il est professeur émérite. Il est éditeur associé de plusieurs revues économiques. Ses principaux sujets d’intérêt sont l’économie publique, l’économie de la population et la sécurité sociale. Il a récemment publié chez PUF "L’Etat-providence. Défense et illustration" (avec Mathieu Lefebvre).


--> 1. Mieux gérer les donnés numériques

--> 2. Faciliter la mobilité du travail et adapter la fiscalité

--> 3. L'avis de Luc de Brabandere, mathématicien et philosophe

--> 4. L'avis du Chief Economist chez BNP Paribas Fortis