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Diplomé des Beaux-Arts de Paris, comment êtes-vous arrivé au Net Art?

Dès 1993, je travaillais à Beaubourg où Mosaic avait déjà lieu d'être et je trainais pas mal dans les réunions des «informaticiens fous» qui échangeaient des programmes et des images par ordinateur.

Vous vous définissez comment?

Nous produisons des oeuvres qui utilisent des technologies, avec des raisons évidentes de diffusion et une remise en cause des critères classiques de spectateur ou d'auteur. De là à donner un nom à cette création Peut-être que le jour où elle sera définie, elle sera aussi finie.

Vous vous considérez artiste ?

Le terme d'artiste est extrêmement connoté aujourd'hui. C'est aux critiques de dire si nous le sommes ou non. Je crois que nous avons un rapport à l'oeuvre qui est le même que si nous faisions de la peinture. D'ailleurs beaucoup ne se limitent pas au seul art du Net.

Vous vous inscrivez donc dans un courant «classique» de l'art

Les sources sont doubles. D'un côté, nous essayons de nous inscrire dans l'histoire de l'Art et tenons notre travail de ce qui nous précède. Je me référerais à Duchamp sur la question de l'anonymat dans «Sous-terre». De l'autre, il y a le réseau lui-même que nous détournons de ses utilisations classiques.

Quel est l'attitude d'artistes plus classiques?

Soit un rejet complet du Net Art, par ceux qui se sentent dépassés. Soit de l'intérêt, parce que le Web est aussi une manière de renouveler un mode d'expression. Dans les deux cas, pas d'indifférence.

Et la réaction du public ?

Elle est positive, mais il ne faut pas se leurrer, ceux qui viennent nous voir cherchent ce genre de choses. Même si c'est un médium très jeune, l'utilisation du Net se normalise vite. Revenances.net, présenté à la biennale de Montréal, déstabilisait les gens par le simple fait qu'il ne fallait pas cliquer sur les éléments, mais glisser vers eux, les caresser.

C'était bien sûr volontaire

Il s'agit de préserver une diversité. C'est une résistance sans espoir, comme toutes les résistances.Vous pouvez vivre de votre art ?

Les commissaires d'exposition sont un peu gênés et quelques mécènes contemporains commencent à s'y intéresser. Les travaux sont souvent achetés, copiés sur CD-Rom, entre 50.000 et 200.000 FF (entre 325.000 et 1.300.000 FB). On peut en vivre, oui, mais si on n'est pas milliardaires, tant mieux.

Dans dix ans, vous serez où?

Peut-être dans le Larzac, sans ordinateur? Je ne sais pas Pendant des siècles, il n'y a pas eu de changements techniques majeurs dans l'art, si ce n'est la révolution des tubes de peinture qui ont permis aux impressionnistes d'aller dehors. Peut-être que dans deux ans, quelque chose de nouveau sortira et que je m'y intéresserai.

© La Libre Belgique 2001