Digital Dès le 15 juin, les frais d’utilisation d’un réseau télécoms d’un autre pays de l’Union disparaissent. C’est presque la fin d’une bataille européenne. Analyse.

Les parlementaires européens, qui travaillent depuis… 2004 à la régulation des tarifs télécoms au sein des pays de l’Union, sont satisfaits. Après de longues années de négociation, ils ont réussi à faire passer un accord sur la suppression des frais d’itinérance télécoms, appelés communément "frais de roaming" au sein de l’Union européenne. Et cette fois, c’est du solide, après moult reports compensés par un plafonnement progressif de ces coûts. Mais n’est-ce pas là une victoire limitée ? Les observateurs se souviennent en effet qu’au départ du débat figurait l’intention d’ouvrir totalement le réseau télécoms européen afin de permettre aux consommateurs et aux professionnels de pouvoir appeler à un tarif semblable n’importe qui se trouvant dans n’importe quel pays de l’Union européenne. La logique même du marché unique…

Or, on n’en est pas là puisque les appels passés chez nous par un Belge abonné auprès d’un opérateur belge vers un correspondant étranger abonné auprès d’un opérateur local seront toujours facturés au titre d’appel vers l’étranger. Et là, gare ! Cela coûte toujours très cher, à moins d’avoir opté et payé pour un forfait spécifique (bonne option !).

Une demi-victoire, dès lors ? Pour Emmanuel Foulon qui travaille depuis 2010 sur ce dossier aux côtés du député européen (PS) Marc Tarabella, "c’est déjà une grande victoire quand on voit d’où l’on vient et quand on sait les pressions subies par les parlementaires au fil du temps. Le pic de ces pressions a fait caler le processus en 2014 : on a pratiquement mis le frein à main ! Les opérateurs ont même usé de l’arme du chantage à l’emploi… On peut donc parler d’une belle victoire. Mais l’objectif premier était bien de réduire le coût global des télécoms au sein de l’Union. Il n’est d’ailleurs pas enterré : un groupe de travail planche sur la question. Et cette première victoire a ouvert une porte. C’était la condition "sine qua non" avant de faire tomber les autres tarifs".

Privés de la manne historique de ces droits de passage, les opérateurs ne vont-ils pas compenser la perte de revenus par une augmentation des tarifs d’autres produits ? "Non. Ce risque est pris en compte et une commission effectuera un scanning régulier des tarifs afin d’épingler les variations de prix sortant de la norme", explique encore Emmanuel Foulon.

Qui va bénéficier de la suppression des frais d’utilisation des réseaux à l’étranger ? Les voyageurs, professionnels ou particuliers en vacances, qui vont pouvoir appeler la famille et les amis utilisant les services d’opérateurs belges, où qu’ils soient en Union européenne. "Cela va surtout simplifier les choses pour quelque 7 millions de travailleurs frontaliers qui passent chaque jour d’un pays à l’autre" , assure encore Emmanuel Foulon. C’est vrai que les Belges qui peuvent se le permettre ne passent finalement qu’une petite partie de l’année en vacances à l’étranger.

© IPM


Un petit casse-tête pour des vacances économiques

Un petit tableau, quelques petits rappels et des cas classiques.

En pratique, ça va changer quoi pour les gens qui vont partir en vacances cet été ? Les opérateurs belges sont unanimes sur la manière de décrire la nouveauté : vous pourrez utiliser votre forfait belge "comme à la maison" dans les pays de l’Union européenne. Et plus lorsqu’on dépasse les limites de ce forfait. Attention, les accords particuliers élargissent l’Union européenne à l’Islande, au Liechtenstein et à la Norvège !

Mais si vous sortez de cette Union européenne élargie, rien ne change. Vous n’êtes pas à la maison et vous prenez un forfait pour appeler des correspondants locaux ou belges, sinon votre note de téléphone risque d’exploser.

Si vous restez au sein de l’Union européenne (élargie), dès le 15 juin, vous vous poserez des questions simples mais tout à fait légitimes.

- Je suis en France et j’appelle mes parents en Belgique : le coût de mes appels sera le même que si j’étais en Belgique (selon le type d’abonnement). Je puise dans mon forfait. Les opérateurs proposent même de petits avantages spécifiques.

- Je suis en Belgique et j’appelle un ami français (qui se trouve en France) : je paie mes minutes de communication au prix d’un appel international et ça, c’est cher.

- Je suis en France et j’appelle un ami Français (qui se trouve en France) : je paie mes minutes de communication au tarif belge (je puise dans mon forfait).

- Je suis au Luxembourg et j’appelle mon ami français (qui est en France) : tarif belge.

- Je suis en Belgique et j’envoie un SMS à un ami Français (qui se trouve en France) : hors forfait spécifique, c’est un SMS international (cher).

- Je suis en France, les pieds dans l’eau tiède de la Méditerranée, et un ami belge m’appelle de Belgique (sur mon portable abonné en Belgique) : Il paie une communication vers le réseau belge, mais je ne paie plus de frais de roaming comme auparavant.

On l’aura compris, les SMS et MMS sont traités comme les appels.

Quid des datas ? Je suis dans un des 27 autres pays de l’Union européenne (élargie) et je veux consulter un site Internet : je puise dans mon forfait. Ca, c’est "très" intéressant. Si je suis prudent, je téléphonerai en utilisant une app spécifique (voir par ailleurs) en puisant dans mon forfait data. Si je dépasse mon forfait, le supplément est facturé au tarif national.