Eco-débats

Une opinion de Bernard de Burlin, entrepreneur.


Depuis quelques années, je remarque un phénomène intéressant mais aussi perturbant.

Je suis en contact avec de nombreux amis entrepreneurs qui vantent certains pays pour exploiter leur créativité et leur énergie d’entrepreneur. Et ces amis partent de plus en plus. Parmi ces pays, on retrouve un petit voisin, le Luxembourg.

Outre les aspects fiscaux non négligeables mais certainement pas suffisants, ils rapportent tous qu’ils se trouvent là dans un environnement qui aime les entrepreneurs, qui les soutient et qui les aide de manière proactive.

Qu’est-ce qui fait qu’à quelques kilomètres de chez nous, un petit pays est en situation de plein emploi et de richesse par habitants la plus élevée au monde (2,5 fois plus que la Belgique) ? Le but de cet article n’est pas de lancer un débat sur le PIB comme critère de bonheur ou de bien-être. Il tend juste à soulever un décalage qui, selon moi, est anormal car trop prononcé.

Selon mon prisme d’entrepreneur, je résume la différence en un mot : la CONFIANCE.

Confiance des politiques et d’une administration dans ses membres / fonctionnaires qui se transforment en conseillers en développement et en résolution de problèmes au service de leurs entrepreneurs. N’oubliant pas qu’ils (les entrepreneurs) sont avant tout des citoyens qui contribuent deux fois à la société, en leur nom et au nom de leur entreprise. L’attitude luxembourgeoise est celle d’une administration qui est joignable, qui est au chevet des entrepreneurs. Prenons l’exemple d’une société jeune qui a des soucis au niveau de sa TVA et de ses paiements. Au Luxembourg, l’administration prend contact et discute avec l’entrepreneur afin de créer une solution sur mesure et l’aider à se sortir de problèmes le plus souvent passagers. En Belgique, un retard de la TVA vous expose immédiatement et sans aucune possibilité de discussion à 15% d’amende. Une belle manière de rajouter une ceinture de poids à une nageur qui est proche de se noyer.

Confiance des entrepreneurs dans l’Etat comme partenaire pour leur développement et créateurs d’environnements propices à la création et au développement. Le Luxembourg a par exemple créé une qualité de connectique Internet et data unique en capitalisant sur une de ses faiblesses (petit pays). Ils se sont connectés à tous les pays environnant au niveau de l’approvisionnement d’électricité indépendants (d’Allemagne, de France, Belgique, …) et de connectique créant un environnement de qualité et de sureté inégalé (Tier 1, 2, 3,4).

Confiance enfin d’un Etat dans ses entrepreneurs pour créer et développer. Condition sine qua non, l’Etat doit avoir confiance en ses entrepreneurs (ou dans sa capacité à en attirer d’autres pays) et ne pas être animé de sentiments de méfiance vis-à-vis d’eux. L’Etat luxembourgeois développe un écosystème unique pour le développement dans les domaines de Fintech et Assurtech par exemple. Les entrepreneurs savent que l’Etat a une vision dans ce domaine (pas de risques de changements de stratégie). La finance 3.0 passera donc par le Luxembourg. Bel exemple de reconversion d’un pays qui a compris que le secret bancaire n’était pas un critère de différentiation d’avenir.

A titre d’exemple, une des raisons de l’établissement de Skype au Luxembourg (outre la TVA) était aussi que le régulateur des télécommunications avait décidé d’aider la société en matière régulatoire afin que la startup ne soit pas noyée sous les contraintes administratives locales auxquelles un opérateur standard aurait été soumis (interception légale d’appel avec chaque autorité locale à travers le monde, déclarations locales comme opérateur dans chaque pays, …). C’était déjà très visionnaire.

Alors le constat est là mais le remède n’est pas simple parce qu’il implique un changement d’état d’esprit général.

Ce qui est réjouissant est que cela tend vers plus de collaboration et moins d’opposition donc tous devraient s’en porter mieux … Cela demande néanmoins un énorme courage et cela demande d’abord d’être fier de nos entrepreneurs et de nos projets. On parle beaucoup de la relation de confiance entre les citoyens et le politique.

Je trouve qu’on néglige trop souvent la relation de confiance entre les citoyens, le politique, l’administration ET les entrepreneurs (de tous genres, sociaux, agricoles, commerces, services, …).

Bonne création à chacun.