Eco-débats
Une opinion de Didier Goetghebuer, spécialiste de la transition énergétique et de la démocratie en entreprise.

La transition des PME vers un monde durable au cœur des débats de la 11e Journée de l’Excellence des PME. Celle-ci était organisée par "La Libre", avec BNP Paribas Fortis.

Si je vous dis qu’en l’espace de deux générations, nous avons sans doute perdu le sens de la valeur des choses, vous allez penser : "Encore le discours d’un vieux ronchon !". Pourtant, les faits sont là. Pendant près de 50 ans, les prix énergétiques ont fortement baissé mais notre consommation, à l’opposé, a fortement augmenté. Une petite modification des prix énergétiques a donc maintenant une sérieuse répercussion sur notre facture.

Que ce soit en tant que ménages ou en tant qu’entrepreneurs, nous bougeons surtout en fonction de ces coûts énergétiques. Or, il y a 15 ans, aucun expert n’aurait parié sur une puissance installée en énergie renouvelable de près de 5 000 MW comme c’est le cas en 2017 en Belgique. Cela représente 85 % de la puissance nucléaire de notre pays mais, vu l’intermittence de fonctionnement, cela n’équivaut qu’à 20 % de la production électrique nucléaire. Malgré cette avancée extraordinaire, l’arrêt programmé des centrales nucléaires en 2025 nécessitera donc encore de nombreux investissements. Cela impliquera aussi de travailler sur l’adéquation entre l’offre et la demande et donc sur la flexibilité de nos consommations et sur le stockage électrique.

Un autre aspect du passé est que tant notre industrie que notre agriculture fonctionnaient en économie circulaire. Tout était réutilisé ou recyclé. Les immenses progrès technologiques ont permis de ne plus trop se soucier ni des coûts des matières premières, ni de nos émissions polluantes car ce n’était plus financièrement justifié.

L’évolution de notre agriculture a permis de nourrir notre espèce invasive. Nous étions 200 millions en l’an 1000, nous sommes plus de 7 milliards en 2017. Cette croissance s’est malheureusement réalisée au détriment des sols et de la biodiversité. Les challenges actuels sont donc de rendre l’agriculture moins énergivore et moins émettrice de gaz à effet de serre (GES), de préserver les sols, la biodiversité et notre santé ainsi que de permettre aux agriculteurs, où qu’ils soient, de vivre décemment.

Impossible de ne pas aborder aussi la problématique du transport. La mobilité, ou plutôt l’immobilité, est devenue un problème majeur pour beaucoup d’entre nous. On a cru, et on croit encore parfois, qu’en rajoutant des routes, des bandes de circulation et des parkings, la congestion allait se réduire alors que c’est exactement l’inverse qui se produit. Il est de première importance que les citoyens, les entreprises et le monde politique comprennent qu’investir, et dans les transports publics structurants, colonne vertébrale de la mobilité d’un pays, et dans les modes doux (marche, vélo,… ), est un enjeu majeur pour préserver notre développement économique et notre qualité de vie.

Et puis, il y a le climat. Dans les pays encore peu impactés par les changements climatiques, on travaille majoritairement à réduire les émissions de GES. Mais de nombreux pays doivent déjà aussi réaliser des investissements colossaux pour s’adapter aux conséquences de ces changements climatiques. Pour "sauver le climat", il faudrait donc un prix élevé du CO2 émis qui viendrait compenser les prix énergétiques bas. Et si quelqu’un met en doute devant vous la réalité du changement climatique, vous pouvez lui rappeler que la nature a mis des millions d’années pour stocker le carbone dans les énergies fossiles et que nous l’aurons libéré dans l’atmosphère en moins de 200 ans !

En résumé, nous disposons de toute la technologie nécessaire pour réussir les transitions mais celles-ci ne pourront être durables que si le citoyen comprend tous les enjeux de ce défi : intergénérationnel, Nord-Sud,… et agit. L’adoption à l’unanimité par le Parlement wallon d’une résolution qui fixe une réduction de 95 % de nos GES en 2050 est probablement un pas important dans cette direction. Au tour des entreprises maintenant, particulièrement des PME, d’emboîter ce pas…