Eco-débats "Sans sortie de l’euro, le programme de Marine Le Pen est totalement inapplicable et sans le moindre intérêt", prévient Bruno Colmant. Le directeur des recherches macro-économiques chez Degroof Petercam évoque les conséquences concrètes qu'aurait l'application du programme économique de Marine Le Pen. Ensuite, il revient sur le débat autour de la taxation des plus-values: "La Belgique n’est pas du tout un paradis fiscal. Toute prise de risque est pénalisée." Bruno Colmant est l’Invité du samedi de LaLibre.be.


Extraits:

Marine Le Pen propose de revenir au franc français pour les particuliers et PME tout en maintenant une monnaie commune pour les banques centrales et grandes entreprises. Est-ce réalisable ?

C’est une ancienne idée, défendue par Margaret Thatcher en 1991, avant le traité de Maastricht. Il est trop tard pour rouvrir le débat sur monnaie ‘commune’ ou ‘unique’, car on a opté pour la monnaie unique. Imaginons que la France adopte une monnaie domestique (le franc) et une monnaie commune (l'euro) : cela signifierait que chaque transaction avec l’extérieur passerait par une conversion par l’euro.

C’est techniquement possible.

Mais dans la pratique, la perte du pouvoir d’achat français – estimé à environ 15% – apparaîtrait. Un importateur français devrait payer ses collaborateurs et frais en francs et ses fournisseurs en euros. Alors qu’un exportateur devrait convertir en francs la totalité de ses ventes. Mais ce contrôle des changes n’apporterait absolument rien à son économie. En réalité, la France veut sortir de l’euro et de ses traités, et donc faire défaut. Avoir deux monnaies est contradictoire par rapport à l’objectif recherché de souveraineté monétaire. Soit on sort, soit on reste, mais garder les deux n’a aucun sens.

Le Pen ne cache pas que si la France se retire, elle table sur l’effet château de cartes, soit le retrait de tous les autres pays de la zone euro avec le retour de toutes les monnaies nationales. Cela pourrait-il solutionner les problèmes de la France ?

Ce n’est en rien une solution, car la France subirait un chaos monétaire et social indescriptible. Pour échapper à la dévaluation de leur patrimoine, tous les gens tenteront de sortir leurs euros de leurs comptes avant la conversion au franc français, ou de les virer sur des comptes à l’étranger. C’est pour cela que les grands changements monétaires se font toujours sous contrôle militaire ou autoritaire, comme en ’44 en Belgique ou plus récemment en Argentine. C’est un chaos social, car les gens voient leur argent se déprécier à vue d’œil. La mobilité de l’épargne serait restreinte pour éviter l’écroulement des secteurs bancaire et financier. Mais les banques tomberaient vite en faillite face à la dépréciation soudaine de leurs actifs.

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