Eco-débats
Une chronique de Georges Wanet, chargé de cours honoraire ULB Solvay Business School.


Faute d’une vision claire, d’une gouvernance efficace, d’outils, il y a peu de chances que la capitale, région compliquée, devienne un jour une "smart city. Explications.

Il neige en novembre; ma rue reste blanche, la rue parallèle est rapidement dégagée… Je marche sur les trottoirs défoncés de ma rue; passé l’avenue qui la sépare de la rue d’en face, je trouve des trottoirs flambant neuf… Je vais chercher des enfants à l’école; les rues les plus proches ont été rendues inaccessibles, l’école n’étant pas sur la commune de ces rues… Mon médecin a son cabinet sur une rue dont le parking est payant d’un côté, et en zone bleue sur l’autre… Arrêtons ici cette énumération d’une ville/région qualifiée dans "Brussels Studies" de bricolage permanent. Faute d’une vision claire, d’une gouvernance efficace, d’outils - en particulier informatiques - performants et utilisés par tous, il y a peu de chances que la capitale, région compliquée, devienne un jour une "smart city".

Quelle vision pour la Région de Bruxelles-Capitale et ses 19 communes ? Il n’y en a pas ! La crise catalane l’a montré : nombre d’Européens considèrent Bruxelles comme leur capitale. Mais Bruxelles ne semble pas être fière de l’être. Cette ville/région qu’un rapport de l’OIM classe à la deuxième place des grandes villes les plus cosmopolites du monde, a vu sa population autochtone céder progressivement la place aux fonctionnaires européens, aux riches expatriés, aux allochtones qui (sur) vivent dans les quartiers pauvres et aux navetteurs qui n’y sont que pendant la journée. Depuis le début du siècle, la Région a vu la croissance de sa population s’intensifier. Cet essor est le grand défi du futur. Il commandera une concentration des moyens pour la construction des infrastructures de base et pour une mobilité performante pour maintenir des services de qualité à toute la population. Cette évolution devrait être la base de la vision. Mais développer une vision digne de ce nom est impossible tant que les structures de la région et de ses 19 communes restent en place, sans oublier la communauté métropolitaine.

Récemment, le Washington Post a comparé notre système politique à ce qui se passe en Afrique. Le cas de la ville de Bruxelles est mis en avant : "Les services publics sont assurés par près de 200 agences qui emploient environ 1 400 personnes. Pour le public, cela crée une masse opaque dans laquelle il est très difficile de se retrouver. Mais pour les partis politiques au pouvoir, cela signifie qu’il y a un énorme réservoir de jobs à distribuer. Bruxelles est donc une excellente opportunité pour le clientélisme et pour l’enrichissement personnel."

Comment en sortir ? Fusionner les communes bruxelloises ? Fusionner les zones de police ? Ces questions sont au centre des débats politiques actuels. Mais surtout à coup de slogans et d’invectives. Quel est le problème ? Tant qu’il n’y a pas d’alignement des responsabilités fonctionnelles et des niveaux de pouvoir, tant qu’une analyse professionnelle des économies d’échelle potentielles n’est pas réalisée, on restera dans des discussions stériles.

Partons des chiffres : les deux plus grandes communes de la RBC sont Bruxelles et Schaerbeek : respectivement 144 784 et 111 946 habitants en 2016. Les 5 plus petites tournent autour de 20 000 habitants. La ville de Bruxelles avec sa géographie tellement particulière ne peut servir de référence. Prenons donc Schaerbeek comme point de départ. Une analyse de son fonctionnement et de ses structures permettra de juger de son efficacité de gestion pour proposer des améliorations (si nécessaire) et la considérer alors comme référence. A partir de ce "benchmark", il faudra repenser l’organisation des entités qui devraient composer la région bruxelloise, ce qui créera les conditions d’un regroupement de tout ou partie des communes actuelles. Il sera indispensable que l’ensemble des entités futures s’appuie sur des outils communs et ouverts, développés centralement en coordination avec la région.

C’est la clé de toute gestion efficace; sans des outils informatiques communs, on reste dans le bricolage. Pourquoi faut-il, par exemple, autant de temps pour que la gestion des parkings par l’agence parking.brussels n’en soit qu’à 6 communes affiliées… en 3 ans ? Pourquoi, plus fondamental, alors que la région dispose d’un réseau de télécommunication à large bande IRISnet, deux communes et deux zones de police ne l’utilisent pas ? Deux exemples parmi beaucoup d’autres… Plus de transparence, plus d’efficacité, plus d’ambition doivent être les valeurs de demain. Il est grand temps que cette capitale soit gérée par des gens qui sont à la hauteur de son destin européen et non par des élus qui s’arc-boutent sur leur mandat.