Eco-débats Les salaires des CEO : une question de taille d’entreprise et de localisation.

Quelque 1,315 million d’euros : voilà ce qu’a gagné, en 2015, le CEO "médian" européen. "Mais ce chiffre reflète de grandes disparités", note d’emblée Xavier Baeten, professeur à la Vlerick et responsable de l’étude annuelle de la Business School sur la rémunération des CEO. "Il représente la rémunération médiane totale (salaire, bonus, actions) des 701 CEO repris dans l’étude. Celui qui est au milieu, entre le moins bien payé et le mieux payé", précise le professeur. "Mais si l’on regarde la taille des entreprises, la rémunération totale des CEO des plus grosses entreprises (capitalisation boursière comprise entre 10 et 200 milliards d’euros) est 18 fois plus importante que celle d’un CEO d’une plus petite société (capitalisation boursière de moins de 50 millions d’euros) : soit 4 395 000 euros contre 240 000 euros."

Cette différence liée à la taille de l’entreprise se voit aussi en Belgique, les patrons du Bel 20 étant bien mieux payés (voir infographie). "Mais la taille de l’entreprise détermine trop la rémunération", estime Xavier Baeten.

Ce sont en fait deux grands facteurs qui jouent un rôle considérable dans le niveau de la rémunération des patrons : la taille de l’entreprise bien sûr, mais aussi sa localisation, comme le révèle cette étude menée auprès de 701 entreprises cotées en Bourse dans six pays européens (Belgique, France, Pays-Bas, Allemagne, Grande-Bretagne et Suède).

Ainsi, si l’on compare les entreprises avec une capitalisation boursière comprise entre 1 et 3 milliards dans les différents pays étudiés (voir infographie), on constate que les CEO ont une rémunération médiane de 725 000 euros en Belgique, 890 000 euros en Suède, 1,17 million d’euros aux Pays-Bas, 1,465 million en France et 1,52 million en Allemagne.


Et la performance ?

L’enquête de la Vlerick s’est aussi intéressée au lien entre la rémunération des patrons et les résultats de l’entreprise. "Contrairement à ce qu’on pourrait croire, les CEO des entreprises performantes ne sont pas mieux payés que les autres", note Xavier Baeten, qui constate cependant que la partie variable de leur rémunération est plus importante. "Ces entreprises performantes utilisent aussi davantage le principe de la rémunération par actions basée sur les résultats sur plusieurs années."

La question de la composition du paquet salarial a aussi fait l’objet d’une attention de la part de Vlerick avec un constat : elle très différente selon les pays. En Belgique, la part de la rémunération variable (bonus et rémunération par actions) ne compte que pour 37 % de la rémunération totale. En France, on est à 35 %, en Suède à 41 %, aux Pays-Bas à 53 %, en Allemagne et au Royaume-Uni à 59 %. "Cela reflète bien la différence de culture entre les pays. En Belgique ou en France, on constate plutôt une aversion aux risques. Cette différence s’explique aussi par le fait que dans des pays comme la Grande-Bretagne, il y a moins d’entreprises familiales et donc plus d’entreprises qui dépendent des marchés financiers. La partie variable permet de contrôler en quelque sorte que le CEO fait bien son travail."

La rémunération sur actions reste très populaire en Europe, selon l’enquête. "Surtout celle sur actions, et moins celle sur options sur actions, qui connaît un recul. Cette dernière est plus dangereuse car elle peut inciter les CEO à prendre plus de risques", note Xavier Baeten, qui relève une exception : la Belgique. "Et c’est dommage. Mais c’est dû à notre fiscalité qui est plus favorable au système des options sur actions."