Eco-débats

Jeudi, lors de la présentation des résultats annuels de Belfius, le message a été clair. "Le conseil d’administration et le comité de direction se sont prononcés en faveur d’une privatisation partielle de Belfius", ont expliqué Jos Clijsters, le président du conseil d’administration. et le CEO Marc Raisière. L’occasion d’examiner ce scénario.

1 - Quelle est la situation de Belfius ?

Belfius a été racheté par l’Etat belge en 2011, au moment du démantèlement du groupe bancaire franco-belge Dexia. A l’époque, l’Etat avait déboursé 3,7 milliards d’euros. Un prix qui avait suscité beaucoup de commentaires, certains le trouvant trop élevé vu la fragilité de l’institution. Le gouvernement avait, dans la foulée, confié à Freddy Bouckaert (ex-Axa) la tâche de remettre la banque sur les rails, lequel s’est attelé en premier lieu à nettoyer le portefeuille à risque hérité du passé (le "legacy"). Ce dernier a, depuis, cédé le flambeau à Jos Clijsters et puis à Marc Raisière, l’actuel CEO.

Au jour d’aujourd’hui, la situation est nettement meilleure. Le groupe, présent dans la banque et l’assurance, affiche un résultat net de 539 millions d’euros et des fonds propres qui ont triplé à 9 milliards d’euros pour l’exercice 2016. La direction se montre aussi rassurante sur le portefeuille "legacy" (10,5 milliards) qui bénéficie d’un rating A-. On est loin du papier pourri acheté à coups de dizaines de milliards du temps de Pierre Richard.

Ces bons résultats permettent à la banque de payer un dividende à son actionnaire public de 215 millions pour l’exercice 2016.

2 - Pourquoi une privatisation partielle ?

Si la direction veut faire entrer des investisseurs privés, c’est tout d’abord parce qu’elle pense, chiffres à l’appui, que l’institution est devenue "saine". Cela ouvrirait également de nouvelles perspectives en termes de moyens (via des augmentations de capital) et de gouvernance. Les actionnaires privés devraient en effet avoir des représentants au conseil d’administration.

3 - Quelle est la position du gouvernement ?

Du côté de cabinet du Premier ministre, on ne fait aucun commentaire. Impossible donc de savoir si une privatisation partielle et en particulier une entrée en Bourse est un scénario sur lequel travaille d’arrache-pied l’équipe de Charles Michel. A priori, tout laisse penser que ni le MR ni la N-VA (même si le ministre des Finances Johan Van Overtveldt s’est montré très prudent lors d’une récente interpellation à la Chambre) veulent à tout prix garder une banque nationalisée. Au contraire… De plus, en cas de cession certes partielle, le gouvernement pourrait se targuer d’avoir réduit son exposition au risque Belfius.

D’un autre côté, certains se demandent, au sein des partis de la coalition, si le gouvernement va se lancer dans une telle opération à moins de deux ans des élections communales. Surtout si l’avantage budgétaire est loin d’être évident comme on le verra ci-dessous. Ce que ne manquerait pas de mettre en avant l’opposition.

4 - Quels avantages financiers pour l’Etat ?

Première question à se poser : que vaudrait Belfius ? On peut imaginer que ce serait plus que les 4 milliards payés à l’époque mais probablement moins que les 9 milliards de fonds propres. Si l’on prend le niveau actuel des bénéfices, on arriverait à environ 6 à 7 milliards d’euros. Une privatisation partielle rapporterait donc maximum 3 à 4 milliards, qui serviraient à réduire la dette de l’Etat. Laquelle s’élève à… 386 milliards. On réduirait la dette de moins d’un pour cent. Une goutte d’eau… De plus, certains experts financiers que nous avons contactés font valoir que cette recette, dérisoire en termes de réduction de dette, est à mettre en balance avec le manque à gagner en termes de dividendes. Pour 2016, l’Etat va percevoir 210 millions, ce qui permettra de réduire le déficit budgétaire.

S’il est privé d’une partie de ce dividende, le gouvernement devra trouver l’argent ailleurs. Au risque de faire de nouveaux mécontents ?