Eco-débats
Une opinion de Robby Vanuxem, Managing Director Hays Belgique.

Des banques qui font travailler leurs employés à domicile, des horaires flottants, des "bureaux sur roues",… Le travail flexible gagne du terrain.

Postes de travail flexibles par-ci, horaires flottants par-là… : on pourrait en conclure hâtivement que le "9-5" n’existe pratiquement plus. Et si cette conclusion n’était pas si hâtive que cela ? Selon une étude, 90 % des entreprises souhaitent offrir une flexibilité à l’horizon 2020. Qu’est-ce qui pousse cette évolution de "l’horaire 9-5" vers "un travail au moment qui vous convient" ? Les millennials - encore eux - sont une nouvelle réalité sociale et prouvent que le travail flexible ne nuit aucunement à la productivité.

On ne peut plus l’ignorer : avec l’arrivée des millennials, nos entreprises prennent un sérieux coup de jeune et entrent en contact avec une autre mentalité et des normes innovantes. La jeune génération tient à sa liberté, demande - et offre ! - une flexibilité et attache une grande importante à un équilibre sain entre le travail et la vie privée, sans devoir faire des concessions au niveau de leur carrière. Notre enquête Diversity at Work l’a également révélé : le travail flexible est important à très important aux yeux de la majorité des travailleurs de 18 à 40 ans. J’ai déjà exhorté précédemment des entreprises à tenir compte des désirs de cette nouvelle génération de travailleurs. Si nous ne nous écartons pas du mode de pensée rigide et du régime de travail standard, nous risquons un choc. La conséquence ? L’entreprise ne sera plus attrayante pour les millennials ou la jeune génération ne se sentira pas à sa place si des collègues suivent le mode de pensée classique et cela provoquera leur départ.

La réalité sociale change, elle aussi. Le nombre de familles recomposées ou monoparentales augmente. Il ne faut pas sous-estimer non plus la problématique de la mobilité. Cela a-t-il encore un sens, par exemple, de rester dans les embouteillages pendant une heure et demie entre Louvain et Bruxelles afin d’arriver à temps au travail ? Non. Le secteur bancaire, par exemple, l’a compris : d’ici 2020, BNP Paribas Fortis souhaite que tous ses collaborateurs travaillent en moyenne deux jours par semaine à domicile. D’autres entreprises encouragent fortement, outre des horaires flexibles, le travail à domicile et le télétravail afin d’éviter et de réduire les embarras de circulation. Et que penser de l’" Office on Wheels" de Colruyt ?

Les femmes sont de plus en plus nombreuses à évoluer vers des fonctions supérieures, tout en souhaitant libérer du temps pour leur famille. Afin de leur offrir autant de chances qu’aux hommes, car la diversité des genres est à juste titre un sujet important, le travail faisable - ou flexible - est tout aussi essentiel. De plus, l’âge moyen de la pension augmente. Pour les travailleurs plus âgés, il est également important de pouvoir continuer à accomplir leur travail d’une manière confortable et agréable : moins d’heures, horaire plus flexible, travail à temps partiel… Pour terminer, de nombreuses entreprises proposent déjà le travail à domicile par exemple. Les Big Four sont dotés de nombreux postes de travail flexibles, comme les flexbus près des gares. Il s’agit principalement d’entreprises qui n’ont aucun intérêt commercial à regrouper tous leurs travailleurs au même endroit.

Nous devons également nous débarrasser de cette idée illusoire qu’un système flexible entraîne une diminution de la productivité. Le contraire est tout aussi vrai. Supposons qu’un travailleur doive rester au bureau jusqu’à 18 h. Il est 17 h et il n’a pas vraiment de tâches urgentes à terminer. Il attend bien sagement l’heure de son départ, bavarde peut-être un peu avec des collègues ou va jeter un œil sur Facebook. Cette dernière heure a-t-elle été productive ? Avec un système flexible, les travailleurs ne doivent plus demander à leur manager, en rougissant, s’ils peuvent partir une heure plus tôt. La seule personne à laquelle ils doivent rendre des comptes, c’est eux-mêmes. "Est-ce raisonnable de déjà rentrer à la maison maintenant ?" Je vais prendre notre secteur comme exemple concret. Une entreprise nous fait savoir qu’elle est à la recherche d’une quinzaine de profils commerciaux. De quoi bien occuper un consultant qui y consacrera une semaine de travail intensif. La semaine suivante, il devra simplement effectuer un suivi et cela ne posera aucun problème de travailler une heure de moins. Les employeurs laissent leur personnel faire concorder leurs horaires de travail avec le temps nécessaire aux activités à un moment donné. De leur côté, les travailleurs disposent d’une marge afin de s’occuper d’affaires privées qui peuvent uniquement être réglées pendant les heures de bureau. Une étude de Vanson Bourne l’a déjà démontré en 2012 : 70 % des travailleurs qui pouvaient choisir, entre autres, leur lieu de travail, se sentaient mieux et travaillaient plus vite. Le SPF Sécurité sociale a constaté, lui aussi, une augmentation de 20 % de la productivité du personnel.

Nous ne pouvons toutefois pas ignorer les inconvénients potentiels. Certaines personnes interprètent littéralement la flexibilité et adaptent intégralement leur régime de travail à leur vie privée. Il se peut aussi que des travailleurs se sentent davantage sous pression étant donné qu’ils n’ont plus d’excuse pour ne plus travailler en dehors de leurs heures flexibles. De bons accords entre l’employeur et le travailleur sont indispensables pour limiter ou éviter ces inconvénients. Tant les entreprises que les travailleurs ont tout intérêt à suivre l’évolution du travail flexible et à en parler. Les avantages (potentiels), tels qu’une diminution de l’absentéisme pour maladie, un plus grand attrait pour les jeunes travailleurs, un impact positif sur la rétention et une augmentation de la productivité, sont trop importants pour ne pas le faire. Nous avons introduit le travail flexible chez Hays et les premières réactions sont d’ores et déjà positives. Il est impossible de stopper l’effet domino. Le "9-5 » va disparaître, sauf dans les environnements de production par exemple. Les entreprises feraient bien de surfer sur la vague plutôt qu’attendre qu’elle ne frappe.