Eco-débats
Une opinion de Bernard Surlemont, professeur d'entrepreneuriat à HEC Liège - Ecole de Gestion de l'Université de Liège.

Soutenons les ambitions de penser local pour agir global ! Il faut mettre en place des dispositifs d’accompagnement.

Notre monde se transforme, c’est une évidence ! Nous ne savons pas très bien où nous allons, mais… nous y allons ! Heureusement, rien n’est écrit ! Ces temps d’incertitudes sont propices aux entrepreneurs à l’affût de nouvelles opportunités et de solutions pour répondre aux nombreux challenges qui se présentent à nous. Les jeunes l’ont compris ! Leur diplôme en poche, ils sont de plus en plus nombreux à ne rien attendre des employeurs et à s’engager à bras-le-corps dans l’aventure entrepreneuriale. Le succès des incubateurs étudiants témoigne de cet engouement. Par ailleurs, en 10 ans, le nombre de Belges ayant opté pour le statut d’indépendant a augmenté de 170 000 pour atteindre plus de 15 % de la population active. Les politiques ne s’y trompent pas non plus, apportant leur soutien à l’entrepreneuriat sous toutes ses formes.

Le challenge de demain en matière d’entrepreneurs est d’une autre nature, celui de donner de l’ambition aux plus prometteurs d’entre eux et de soutenir ceux qui l’ont ! Ce n’est pas gagné ! En effet, si le concept de start-up bénéficie spontanément d’un certain capital sympathie; celui de l’"ambition" est tout autre. Dans une culture, bien belge, pétrie de modestie et d’autodérision, l’ambition reste encore, trop souvent, un gros mot perçu comme déplacé voire ringard.

Pourtant, si l’on souhaite que l’entrepreneuriat constitue un moteur à la fois de renouveau et de développement économique, il importe que, parmi les entrepreneurs, certains aient l’envie de grandir et de se développer. Il est souvent plus facile de créer 1 000 emplois que de créer 1 000 entreprises qui en créeront un. Dans un pays où il est impossible de faire 1 000 kilomètres sans franchir 5 frontières, le verbe croître doit nécessairement se conjuguer à l’international. Il importe donc de changer les mentalités; d’armer et d’insuffler le goût à ces aventuriers des temps modernes de se risquer sur les océans ! Sans cela, nous risquons de nous époumoner à multiplier les créations, de laisser la place à d’autres, voire de leur permettre de venir faire leur marché chez nous ! Souvenons-nous de Take Eat Easy, la start-up mangée toute crue par les Deliveroo et UberEat!

"Croître" nécessite souvent d’autres qualités que "créer". Cela suppose d’abord un esprit d’ouverture maximal : vers les cultures étrangères (les langues et la connaissance des marchés), de ses équipes (il faut savoir s’entourer de personnes plus fortes que soi), de sa gouvernance (un conseil d’administration professionnel), de son capital (croître nécessite des moyens), voire une ouverture syndicale (lorsque l’on commence à employer plus de 50 personnes). Bref, il faut se donner les moyens de la croissance, en particulier, lorsqu’elle doit être rapide, comme l’impose souvent le rythme des innovations actuelles.

Vu les nombreux challenges, il est utile de mettre en place des dispositifs spécialisés dans l’accompagnement de ces entrepreneurs ambitieux et ouverts. Certaines initiatives dans cette direction ont déjà vu le jour mais de nombreuses questions restent posées sur les modèles les plus adaptés. Les consultants et les investisseurs sont-ils les mieux placés pour réaliser cet accompagnement ? Quel est le rôle souhaitable d’entrepreneurs expérimentés qui ont réussi ce pari de la croissance ? Les concours bling-bling et autres événements jargonnant sont-ils les meilleurs moyens de sélection et d’accompagnement ? Ce type d’accompagnement ne doit-il pas se réaliser dans un rapport de proximité, un climat de confiance, de façon très pragmatique et, évidemment, connectée au niveau international ? En l’occurrence, quelles sont les bonnes pratiques étrangères en la matière dont on peut s’inspirer ? Faut-il des dispositifs ciblés sur certains secteurs ? A contrario, faut-il un dispositif plus généraliste qui donne sa chance à chacun, quelle que soit son activité ?

Ces questions, d’apparence simples, ne sont pas simplistes. Elles nécessitent d’être adressées rapidement si nous visons la performance et la pertinence pour que de plus en plus de start-up ambitionnent au niveau local, d’agir au niveau global !