Eco-débats

Une contribution de Didier Le Menestrel, Président-directeur général, La Financière de l’Echiquier.


Nous ne l’utilisons pas encore mais sa valeur a doublé depuis le début de l’année et son utilisation se répand peu à peu dans l’économie : la monnaie numérique Bitcoin a franchi le mois dernier la barre des 2 000 dollars alors qu’elle valait 0,001 cent lors de sa création fin 2008. Pourquoi un tel engouement pour cette devise qui nourrissait plutôt jusqu’ici la chronique des faits divers ? L’une des raisons tient sûrement à son adoption par le Japon comme méthode de paiement, une belle reconnaissance officielle pour une monnaie sans banque centrale ni Etat d’origine… et qui n’appartient à personne. Depuis, le cours du Bitcoin bat sans cesse de nouveaux records : 2760 dollars le 25 mai dernier.

Plus que le succès du Bitcoin, la technologie qui permet son existence, la Blockchain, est une révolution qui bouleverse nos échanges. Cette technologie de rupture fait « tout simplement » disparaître la nécessité de ces tiers de confiance (banques centrales, Etats, notaires, etc.) que l’on pensait incontournables. Les fabuleux progrès qu’elle engendre vont bien au-delà du champ de la finance. Après le Nasdaq, les banques et l'assurance, tous les secteurs sont impactés : l'Estonie l'expérimente pour des actes notariés, Sony pour l’éducation, l’Yonne pour des compteurs d’eau connectés… En consignant toutes les transactions, cet outil technologique à l'historique infalsifiable offre un potentiel inédit. On peut préférer les cahiers d’antan, il n’en reste pas moins que ce registre de l’internet sécurisé et partagé par tous jouera un rôle croissant dans nos échanges, tout en minimisant leurs coûts. Le champ des possibles commence à peine à s’entrouvrir.

Nous vivons l’un de ces moments de l’Histoire où l’innovation bouleverse notre quotidien : les biotechnologies révolutionnent la médecine, l’intelligence artificielle et la robotique façonnent peu à peu notre existence et l’économie devient collaborative et décentralisée. Face à de tels changements, l'inquiétude et les réflexes de défense sont instinctifs, et il peut être tentant de « regretter la douceur des lampes à huile » et « le charme des équipages »1. L'histoire nous l’a pourtant appris : les transitions sont difficiles mais nécessaires, et le doute et l’inquiétude sont les pires ennemis de nos sociétés. Les Canuts, les tisserands lyonnais de la soie, l’ont expérimenté à leur détriment… On a beau vouloir détruire à coup de sabot la modernité (les métiers Jacquard en l’occurrence), l’innovation est inéluctable et nous devons apprendre à vivre avec ce progrès parfois déroutant.

Quelles conséquences pour les métiers de l’épargne ?

A l’évidence, l’accélération des technologies nous impacte et nous affectera, comme tous les autres métiers. Fidèles à notre tradition et à notre biais optimiste, nous portons un regard positif sur ces mutations. Nous en acceptons les enjeux et les perspectives nouvelles.

A l’heure où la France semble décidée à épouser son époque, et comme Jean-Baptiste Say2 l’a préconisé, « nous qui apercevons dans les progrès même que nous avons faits, le germe de progrès plus grands encore, marchons avec plus de hardiesse et de confiance vers le chemin de l’avenir ». Un enthousiasme que nous partageons, mais comptez sur nous pour garder la tête froide : pas question de verser dans une « technomania » béate. Nous croirons toujours aux vertus de l’intelligence humaine et au bon sens, indispensables pour intégrer avec clairvoyance la technologie dans nos métiers, nos vies… et notre gestion !


1 Discours de Charles de Gaulle, 14 juin 1960

2 La Décade, http://www.cerclejeanbaptistesay.com/