Eco-débats
Une opinion de Karen Boers, managing director Startups.be.

Startup Manifesto : des entrepreneurs qui en veulent ! Mais il y a encore du pain sur la planche.

Cela fera bientôt 3 ans que divers entrepreneurs belges ont conçu le projet de lancer un "Startup Manifesto". Ils ont été inspirés par commissaire européenne Neelie Kroes, qui fit élaborer plusieurs recommandations et points d’action concrets pour permettre à la Commission de créer un meilleur climat entrepreneurial pour les start-up.

Le moment était bien choisi. Alexander De Croo venait de prendre ses fonctions de ministre de l’Agenda Numérique et comptait (aussi) sur les entrepreneurs pour lui donner des idées. En préambule à la grand-messe des start-up "Tech Startup Day", la date-butoir était fixée au 13 mars 2015.

L’équipe en charge du Manifesto fut submergée de propositions, et après pas mal de travail de rédaction, le site web et le Startup Manifesto belge étaient prêts (www.startupmanifesto.be).

L’ambition ne manquait pas : le but était de créer 10 000 nouvelles start-up et 100 000 emplois dans les 5 ans. Avec quasiment 3 200 signatures, la Belgique entreprenante fut l’instrument du changement pour les politiciens, les administrations, les entreprises et les citoyens. Nous en sommes à présent à mi-chemin.

Pas mal de propositions nécessitaient des mesures exceptionnelles pour les start-up, afin de leur offrir dans les phases précoces du développement un supplément de sécurité et de liberté de mouvement. Même s’il n’y a jamais eu de "statut start-up", de nombreux éléments du genre ont bien été introduits :

- tax shelter pour entreprises débutantes : les particuliers peuvent bénéficier d’une réduction fiscale de 30 ou de 45 %, s’ils investissent directement dans le capital de sociétés débutantes (depuis 2015) ou par l’intermédiaire d’une plate-forme de financement participatif reconnue (depuis 2017);

- réduction fiscale sur les premiers engagements pour tous les starters;

- réduction fiscale pour prestations occasionnelles via des plates-formes d’économie partagée et ce, jusqu’à 5 000 euros par an;

- suppression de l’interdiction du travail de nuit dans le secteur de l’e-commerce, ce qui entraîna la fin d’un inconvénient concurrentiel auquel le secteur faisait face depuis 10 ans déjà;

- révision du droit des sociétés : encore en cours, mais ce droit sera adapté aux intérêts des start-up.

Il n’existe pas encore de procédure numérique simple pour démarrer et liquider une entreprise, pas plus d’ailleurs que l’impôt sur les plus-values figurant dans le Manifesto. Les entrepreneurs ne sont en effet pas dénués du sens de la réalité économique et sont parfaitement conscients que la réduction fiscale doit être quelque part compensée.

Les entrepreneurs expérimentés qui ont pu en évaluer les effets en termes de valeur, ont souligné qu’ils étaient prêts à s’engager, à condition qu’ils obtiennent de quoi leur permettre de souffler lors du démarrage d’une nouvelle entreprise et lors d’investissements de capital-risque. Mais cela était manifestement possible aussi sans cela.

Les clients restent les meilleurs investisseurs pour la start-up. Ils offrent un flux continu de revenus et réduisent le besoin de capital extérieur, tout en amplifiant directement l’attractivité de l’entreprise pour les investisseurs. Le Manifesto appela dès lors les pouvoirs publics, entreprises et individus à se montrer plus ouverts aux produits et services des start-up.

Un appel qui n’est pas tombé dans l’oreille d’un sourd. Un premier projet fut ainsi lancé par Digipolis Antwerpen sous forme de l’Antwerp City Platform as a Service (ACPaaS) - on y évoluait des applications monolithiques aux plates-formes modulaires se composant de microservices. Des dizaines de start-up ont déjà conclu des contrats en vue de développer de nouvelles applications sur la base de commandes et de défis concrets. Au niveau des pouvoirs publics, des exercices exploratoires ont été lancés, et la loi sur les commandes publiques a été profondément revue avec pour fil conducteur un mémorandum élaboré par le bureau d’avocats Van Olmen&Wynant au départ du Manifesto.

Un certain nombre d’entreprises semblent vouloir suivre cet exemple et réexaminent leur politique d’approvisionnement pour y incorporer davantage de souplesse. C’est important dans la mesure où les cycles de négociation et les délais de paiement mènent beaucoup de start-up à leur perte avant qu’elles ne s’en rendent compte, plutôt que de les aider à progresser.

C’est assurément le domaine de l’enseignement et de la formation qui a le moins évolué, mais récemment quand même on a vu apparaître du changement. Avec 12 000 emplois vacants dans le domaine numérique, un nombre qui pourrait atteindre les 30 000 d’ici 2020, le besoin de compétences numériques est néanmoins préoccupant. Avec le Digital Belgium Skills Funds, un solide volet "compétences" contenu dans le plan Digital Wallonia et l’académie ICT-STEM en Flandre, nombre d’initiatives tant existantes que nouvelles en matière de développement des compétences semblent avoir le vent en poupe.

Quelques exemples : Wallcode, Technofutur TIC, Coderdojo, BeMakers, Fyxxilab, BeCentral, BeCode, Molengeek, Codefever, Ecole 19, LeWagon, Digital Bath, DigitYser, IoTopia, Maks et bien d’autres encore prennent des personnes de tous âges sous leurs ailes et les orientent vers une carrière numérique.

"Pay it Forward&#BeProud" : cet appel lancé aux entrepreneurs pour qu’ils apportent activement leur pierre et inspirent et accompagnent les jeunes et autres intéressés, a été massivement suivi. Des entrepreneurs sont montés aux créneaux pour, en tant que mentor, coach ou orateur, venir en aide et conseiller d’autres (futurs) entrepreneurs. Et cela ne s’arrête pas là - le capital d’amorçage est sans aucun doute devenu plus accessible, et de plus en plus d’entrepreneurs fournissent du "smart capital", avec lequel ils mettent dans la balance non seulement leur argent, mais aussi leur connaissance et leurs relations. L’entreprenariat sériel a aussi le vent en poupe : quasiment cinquante pour cent des fondateurs de nouvelles start-up n’en sont pas à leur coup d’essai et représentent rien que pour cela une source d’inspiration. Force est de le reconnaître : les modèles à suivre sont importants. Les Belges sont trop modestes, mais les nouvelles générations d’entrepreneurs ont besoin d’exemples. Les start-up et l’entreprenariat se manifestent désormais nettement plus souvent dans les médias et sur les podiums des méga-événements. Des campagnes telles Failing Forward ont fait connaître les deux faces de l’entreprenariat : le sang, la sueur et les larmes vont souvent de pair avec l’adrénaline, la camaraderie et énormément d’envie.

Et maintenant ? Tous les problèmes sont-ils résolus ? Très certainement pas. Au cours des 2,5 premières années on n’a recensé "que" 600 nouvelles start-up. Avec une moyenne européenne de 12 nouveaux emplois par start-up, cela représente quand même plus de 7 000 emplois. Notre secteur des start-up est cependant encore très fragmenté, et beaucoup d’entreprises éprouvent des difficultés à évoluer. Il y a donc encore du pain sur la planche. Mais nous avons trouvé le chemin menant à des solutions structurelles et sommes devenus ainsi - quasiment par hasard - numéro un en Europe quant à l’impact des citoyens sur la stratégie des start-up. Avec Startups.be en tant que membre fondateur et principal chef de file de l’European Startup Network, nous reprenons place sur la barricade d’une nouvelle révolution économique, au cœur de 24 pays en quête de progrès. Et ici aussi, nous pouvons à juste titre nous montrer un tant soit peu fiers !