Eco-débats Kris Peeters n’est pas le seul à vouloir réformer la culture de travail. Exemples. 

Une opinion de Frédérique Bruggeman, Managing Director chez Robert Half Belux. 

La semaine de travail classique est menacée. Aussi bien les entreprises que les autorités des quatre coins du monde font face à des rebondissements en matière de travail faisable et maniable. Le ministre de l’Emploi Kris Peeters (CD&V) a inscrit les termes relatifs au travail faisable et maniable à l’agenda, le projet de loi ayant été approuvé par les députés fin février. Toutefois, nos voisins directs, d’autres pays européens, les Etats-Unis et certaines nations asiatiques ont des idées divergentes en vue de réformer et de flexibiliser la culture de travail. L’objectif poursuivi est toujours le même : trouver un équilibre entre la vie professionnelle et la vie privée sans pour autant perdre en productivité. Il s’agit là d’une excellente démarche, mais soulignons également l’importance de l’augmentation de l’implication et de la satisfaction des collaborateurs.

Depuis le début de cette année, nos voisins français ont l’autorisation de ne pas traiter les appels et les mails professionnels après les heures de travail. Cette mesure s’accompagne d’un objectif limpide : réduire le stress et les burn-outs grandissants. Il en va de même en ce qui concerne l’Allemagne concurrentielle. D’autres entreprises, comme Bosch, donnent la directive de ne pas fixer de réunions après 16 h. L’idée la plus extrême, et dont il est souvent question, a été mise en pratique en Suède où une maison de repos et de soins a testé, pendant un an, la journée de travail standard de six heures au lieu de huit heures. Résultat : la qualité du travail et du mode de vie a augmenté, mais le projet semblait impossible à financer.

Aux Etats-Unis, le pays de la liberté, des entreprises comme Netflix offrent plus de liberté à leurs collaborateurs en les laissant choisir la quantité de jours de vacances qu’ils souhaitent prendre. Ce faisant, l’accent ne se trouve plus sur le temps que vous passez au travail, mais sur l’obtention de résultats et la réalisation des objectifs. Les employés optent dès lors eux-mêmes pour la façon de répartir leur semaine de travail. Aussi longtemps que les objectifs fixés sont atteints, il n’y a aucun problème. La mentalité de gagnant occupe une place plus importante que le temps passé au bureau.

La culture de travail est aussi sous pression en Asie. Si nous nous penchons un instant sur le top dix des villes ayant la plus longue semaine de travail, nous constatons que pas moins de sept villes sont asiatiques. Hong Kong occupe la première place avec pas moins de 51 heures de travail par semaine. Le Japon fait face à un gros problème en matière d’heures supplémentaires. Preuve en est… le vocabulaire ! Le japonais ne connaît pas de terme pour équilibre travail/vie privée, mais dispose par contre d’un équivalent pour mort par épuisement au travail : "Karoshi". Un quart des entreprises nippones reconnaissent que les collaborateurs exécutent souvent plus de quatre-vingts heures supplémentaires sur base mensuelle. Une employée japonaise qui a récemment mis fin à ses jours en raison d’une pression de travail trop élevée avait accumulé plus de cent heures en un seul mois. Par conséquent, le Japon désire désormais aussi "revoir" sa culture de travail excessive. Ainsi, les entreprises japonaises émettent l’idée de transformer le vendredi en un jour de week-end additionnel. Les autorités japonaises souhaitent encourager cette tendance par le biais du Premium Friday, une campagne de sensibilisation visant à permettre aux collaborateurs d’arrêter de travailler plus tôt lors du dernier vendredi du moins.

Dans le monde entier, les chefs d’entreprise et les hommes politiques organisent des groupes de réflexion intéressants. Faisons abstraction des frontières nationales et des cultures d’entreprise et veillons à tirer les leçons et à apprendre les uns des autres afin de trouver un nouvel équilibre. Qu’est-ce qui fonctionne bien et qu’est-ce qui va mal ? Evoluons-nous vers une journée de travail de six heures ou plutôt vers un système "Premium Friday" ?

Un aspect méconnu dans la recherche d’une nouvelle culture de travail réside, selon moi, dans la satisfaction professionnelle. J’estime que l’importance d’exécuter son travail avec plaisir va au-delà des discussions relatives au nombre d’heures de travail par semaine. Si nous prenons des mesures veillant à ce que les collaborateurs tirent de la satisfaction et se sentent valorisés sur leur lieu de travail, ils exécuteront alors automatiquement leurs tâches professionnelles avec plus de motivation. Si vous êtes heureux sur votre lieu de travail et si vous recevez un appel à 18 h, il n’y a donc pas de problème à décrocher, n’est-ce pas ? En effet, les collaborateurs satisfaits ne sont pas uniquement plus productifs, mais ils travaillent aussi souvent plus longtemps pour l’entreprise.

Une première étape : écoutez vos collaborateurs, répondez à leurs besoins et impliquez-les dans le processus décisionnel. Faites en sorte qu’ils fassent partie intégrante d’un ensemble plus important. Les employés forment la base du succès d’une entreprise. Par conséquent, la mise en place d’une culture de travail adaptée constitue un travail de précision et une circulation à deux sens. Il va de soi que les priorités, les défis et même les sensibilités diffèrent d’une société à une autre. Il est dès lors essentiel d’établir de bons accords. Par exemple, le dimanche matin, j’aime prendre le temps de parcourir ma boîte de réception électronique. Cela ne signifie cependant pas que j’attends de mes collaborateurs qu’ils me répondent le week-end. Et ils le savent. Nous avons clairement fixé ce point de sorte qu’il ne soit pas question de sentiment de culpabilité.

L’interaction entre l’employé et l’employeur est cruciale. En tant qu’entreprise, il est important, dans la mesure du possible, de mettre la technologie à disposition de vos collaborateurs afin qu’ils puissent travailler à l’endroit et au moment souhaités. D’un autre côté, vous devez aussi mettre l’accent sur la sensibilisation. Ce n’est pas parce que vous pouvez être disponible partout et en tout temps que vous devez le faire. En cette période de stress omniprésent, il convient également de veiller à ce que vos collaborateurs puissent et osent se déconnecter. En établissant ensemble des accords clairs et en suscitant la passion, il ne s’agira plus de savoir s’il faut ou non consulter des e-mails après les heures de travail, mais il sera plutôt question d’associer le travail et la vie privée au sein d’une seule et même vie intégrée dans laquelle le travail ne constitue pas une étape obligatoire.