Eco-débats L’ancien président du conseil européen a abordé le futur de la zone euro avec Bruno Colmant.

Bruno Colmant et Herman Van Rompuy étaient réunis à Bruxelles, ce vendredi, à l’occasion de la sortie du livre "L’euro : une utopie trahie ?", préfacé par l’ancien président du conseil européen.

L’ouvrage revient sur le péché originel de la zone euro, notamment le partage d’une même devise par des économies divergentes.

Stiglitz se trompe

Malgré la fragilité de l’édifice monétaire, Bruno Colmant ne le voit pas exploser, contrairement au prix Nobel d’Economie Joseph Stiglitz. "L’euro va subsister; ceux qui disent qu’il va se fracturer en deux ou trois euros différents n’ont rien compris, estime-t-il. L’échec de la zone euro est impossible car cela détruirait l’épargne et provoquerait une inflation eschatologique."

Bruno Colmant estime néanmoins que des réformes sont nécessaires pour assurer la stabilité de l’Union monétaire. "Quand le quantitative easing de la BCE arrivera à son terme, les taux d’emprunt de certains pays comme l’Italie grimperont en flèche, déclare Bruno Colmant. L’idéal serait que la Banque centrale européenne (BCE) achète des obligations des Etats du Sud et qu’elle vende des obligations des Etats du Nord pour faire converger les taux d’intérêt de la zone euro. En outre, il serait judicieux d’appliquer un moratoire sur les objectifs de retour à l’équilibre budgétaire et d’appliquer un traitement différencié en fonction des pays."

Pour l’économiste, la BCE devrait aussi relever son objectif d’inflation, aujourd’hui fixé à 2 %, pour soutenir l’économie.

Moment crucial

Selon Herman Van Rompuy, la période qui débutera après les élections allemandes et françaises sera cruciale dans l’optique de cette intégration économique plus poussée de la zone euro. "Si on loupe cette fenêtre d’opportunité, je serai très pessimiste", explique l’ancien président du conseil européen. "Tous les éléments sont sur la table. Il faut simplement faire un choix parmi les pistes pour renforcer l’union budgétaire, l’union bancaire et l’union économique. Toutes ces options impliquent davantage de solidarité et une perte de souveraineté. Pour reprendre une expression célèbre en Belgique, il faut 5 minutes de courage politique. La France et l’Allemagne devront essayer de se mettre d’accord après leurs élections car ils représentent les deux grands courants."

Selon Bruno Colmant, l’élection d’un duo Schulz/Macron ou Merkel/Macron pourrait relancer une nouvelle dynamique.

"L’austérité était inévitable"

Bruno Colmant et Herman Van Rompuy sont également revenus sur la gestion de la crise européenne des dettes publiques. Pour Bruno Colmant, la zone euro a eu tort de vouloir maîtriser ses finances publiques dans un contexte de crise. Il regrette également que la BCE ait attendu jusqu’en 2015 pour mettre en place sa politique d’assouplissement quantitatif alors que la Réserve fédérale américaine a réagi immédiatement.

"L’austérité était inévitable et indispensable sous la pression des marchés, estime, au contraire, Herman Van Rompuy. Depuis 2014, avec Jean-Claude Juncker, la politique budgétaire est neutre, ni expansionniste, ni orthodoxe. Quant à la Banque centrale européenne, elle est tout à fait indépendante."

Par ailleurs, l’ancien président du conseil européen regrette qu’on ait insisté sur l’influence de l’Allemagne au niveau de la politique européenne. "La majorité des Allemands, mais pas Angela Merkel, étaient favorables à la sortie de la Grèce de la zone euro. L’Allemagne était aussi en faveur d’une politique monétaire et budgétaire plus stricte, explique-t-il. Dans ces trois domaines, ils n’ont pas gagné." Laurent Lambrecht