Emploi / RH La discrimination des femmes au travail en raison de leur maternité reste importante. Une étude en souligne les raisons.  Eclairage.

En Belgique, trois travailleuses sur 4 ont été confrontées à au moins une forme de discrimination, préjudice ou tensions au travail sur base de leur grossesse ou maternité, révèle la nouvelle étude de l’Institut pour l’égalité des femmes et des hommes "Grossesse et maternité au travail : Les expériences des candidates, des travailleuses et des indépendantes en Belgique" (1). Quelque 12 % d’entre elles ont subi un préjudice sur le plan financier ou de la carrière; 10 % ont été évaluées plus négativement qu’auparavant; et 20 % n’ont pas pu exercer pleinement leur droit au congé de maternité. Et cela à l’heure où la ministre de la Santé publique Maggie De Block appelle les employeurs à maintenir plus longtemps les femmes enceintes au travail (LLB 24/11/2017). "Ce constat corrobore les signalements reçus par le service juridique de l’Institut, notamment via le 0800/12 800", précise Véronique De Baets, experte Emploi à l’Institut. "Nous avons mené une étude similaire en 2008. Les méthodologies étant légèrement différentes, nous n’avons pas établi de comparaison. Mais je peux vous dire qu’on ne note pas d’évolution significative depuis 2008."

Menée auprès de 930 femmes, l’étude démontre que certains facteurs jouent un rôle déterminant. C’est le cas du statut professionnel. Ainsi, les employées hautement qualifiées et les cadres ont deux fois plus souvent manqué une promotion, une augmentation salariale ou une possibilité de formation ou de prolongation de contrat que les autres. Les ouvrières sont 4 fois plus souvent licenciées que les employées et 3 fois plus souvent que les employées hautement qualifiées ou les cadres. Une indépendante sur trois indique que sa grossesse a eu un effet défavorable à très défavorable sur son affaire.

La nationalité est un autre facteur qui joue un rôle déterminant : 21 % des travailleuses de nationalité étrangère ont subitement été confrontées à des évaluations plus négatives lorsqu’elles sont tombées enceintes contre 10 % en général. Leur droit à un congé de maternité est aussi plus souvent enfreint. L’état de santé ou le handicap ainsi que le fait de vivre une grossesse difficile sont aussi des facteurs de risque.

"Ce qui est inquiétant c’est que même si les femmes estiment qu’elles sont victimes d’un traitement préjudiciable, elles trouvent cela normal", note Véronique De Baets qui constate que "les femmes ignorent trop souvent leurs droits et ont intégré l’idée qu’une discrimination relative à la grossesse ou la maternité était normale. Si on prend l’exemple de l’embauche, elles ne sont pas étonnées du fait qu’un employeur n’engage pas une candidate qui lui annonce qu’elle est enceinte. Or le recruteur ne peut même pas lui demander lors de l’entretien si elle souhaite avoir un enfant. La plupart des femmes sont franches or elles ont le droit de mentir sur ce sujet."

L’experte souligne encore que "trop de femmes pensent encore (et parfois à raison) qu’elles n’arriveront pas à concilier leur emploi avec l’arrivée d’un enfant. Elles démissionnent ou passent à temps partiel. Ce mécanisme ne fait que renforcer la ségrégation horizontale sur le marché du travail, c’est-à-dire qu’on a des secteurs "féminins" avec beaucoup de temps partiels, plus précaires et peu d’évolution de carrière et des secteurs "masculins" avec des emplois de meilleure qualité, temps plein et plus d’opportunités d’évolutions de carrière et de formations."

Pour l’Institut, la règle générale devrait être que chaque poste devrait être combinable avec l’arrivée d’un bébé. "Un des moyens d’y arriver est d’intégrer plus les pères. Tant que les pères ne seront pas plus présents dans la sphère privée, les femmes ne pourront pas être plus présentes dans la sphère professionnelle", souligne Véronique De Baets. "Depuis 2000, on note une stagnation dans la répartition des tâches. Notre étude Genre et emploi du temps de 2016 démontrait qu’en moyenne, sur une journée de semaine normale, les hommes consacrent près d’1 heure 30 en plus au travail rémunéré tandis que les femmes consacrent près d’1 heure 30 en plus aux tâches ménagères."

(1) Cette étude a été réalisée dans le cadre de la nouvelle campagne de l’Institut "Nous sommes heureux de vous annoncer la naissance d’Emma. Au boulot ils le sont moins". Il souhaite sensibiliser les femmes au fait qu’elles n’ont pas à être discriminées, rejetées ou harcelées, en raison de leur grossesse ou maternité et qu’elles ont des droits. Rens : 0800/12.800 ou www.mamanresteabord.be.


35 %: signalements

En 2016, un peu plus d’un tiers des signalements reçus à l’Institut (35 %) concernaient l’emploi. Parmi ceux-ci, 38 % concernaient la grossesse et la maternité. Globalement le nombre de signalements reçus par l’Institut est en augmentation ces dernières années. Il a triplé par rapport à 2008. Proportionnellement, la part des signalements liés à la grossesse et à la maternité reste similaire. "L’augmentation du nombre de plaintes est plutôt une bonne chose", estime Véronique De Baets. "Cela signifie que les gens sont plus conscients de leurs droits."